La Croatie accuse le Portugal d'une main non sifflée qui aurait tout changé. Pendant ce temps, l'Espagne rompt enfin avec sa malédiction mondiale.
Il y a ces matchs où un geste, une fraction de seconde, bascule l'histoire d'une nation. La Croatie sort de la Ligue des Nations en hurlant à l'injustice, persuadée qu'une main portugaise, non détectée par l'arbitrage, a volé sa qualification. Pendant que Zagreb se demande ce qu'aurait changé une vidéo fluide, l'Espagne pousse un soupir de soulagement : elle vient de terrasser ce monstre sacré des Mondiaux, cette malédiction qui l'asphyxiait depuis deux décennies.
Une main qui aurait tout changé à Lisbonne
La scène se joue en toute fin de match. Le ballon flotte vers le bras d'un défenseur portugais. Pas de penalty accordé. Pas d'intervention de la VAR. Pour la Croatie, c'est la trahison silencieuse, celle qui s'installe comme un cadavre dans la pièce. L'équipe de Zlatko Dalic, battue 2-1, rentre chez elle les poches vides mais l'amertume pleine. À Zagreb, on jure que ce détail anodin aux yeux des arbitres aurait permis une égalisation décisive, peut-être un succès qui aurait changé la physionomie du tournoi.
C'est le théâtre même du football continental : ces compétitions de Ligue des Nations, balancées entre l'importance fictive et l'enjeu réel, où les nations se battent pour une gloire qui ne remplit pas les trophées mais remplit les cœurs. La Croatie, trois fois finaliste de Coupe du monde en quatre ans, trois fois frustrée, ajoute cette amertume nouvelle à sa collection de regrets. Dalic avait reconstitué une équipe blessée, vieillie. Modric et ses compagnons n'en finissent pas de lutter contre les vents contraires.
L'Espagne brise enfin le sortilège du Mondial
Ailleurs, à Lisbonne, les Espagnols célèbrent comme s'ils venaient de remporter un trophée majeur. Parce qu'à leur manière, ils le font. L'Espagne vient de vaincre le Portugal 3-0, mais ce score écrasant ne raconte que la moitié de l'histoire. Ce qu'il dit vraiment, c'est qu'une nation sort enfin de son tombeau collectif, celui de la maudite Coupe du monde.
Pensez à l'absurdité : l'Espagne, maîtresse de l'Europe dans les années 2010, l'équipe qui avait réinventé le football avec Xavi et Iniesta, reste bloquée depuis 2010. Douze ans. Quatre Mondiaux manqués. La Roja ne l'a plus fait depuis le Mondial en Afrique du Sud. Pendant ce temps, des équipes jugées bien moins talentueuses que les sélections espagnoles – la France, l'Argentine, le Maroc – disputaient des finales. L'Espagne regardait de loin, parfois bonne, souvent battue, jamais au rendez-vous qui comptait vraiment.
Ce succès sur le Portugal redonne une respiration. Il dit que les jeunes pousses du football espagnol – ces Gavi, ces Pedri, ces Ferran Torres – peuvent enfin faire aboutir les promesses. Luis de la Fuente n'a pas hérité d'une maudition inévitable. Il hérité d'une équipe capable de vaincre. C'est un détail qui change tout : d'expérience française.
Mahrez tourne la page algérienne
Pendant que deux grands d'Europe se débattent avec leurs fantômes respectifs, Riyad Mahrez dit adieu à l'Algérie. Le meneur de jeu qui a porté les Fennecs au ciel en 2019, qui a titillé tous les cœurs avec ses appels du pied et ses décalages millimétrés, cesse d'enfiler le maillot national. C'est un tournant générationnel qui passe presque inaperçu dans le tintamarre des éliminations spectaculaires, mais qui marque pourtant une rupture.
Mahrez, c'était le visage de la reconstruction algérienne, le symbole du renouveau après Slimani et Ghezzal. À 32 ans, avec plus d'une centaine de sélections, il laisse les clés à une génération qui devra trouver sa propre route. L'Algérie, grande nation du football africain, s'apprête à affronter sans lui les enjeux à venir. C'est le rythme naturel du sport, certes, mais c'est aussi le moment où les héros deviennent des fantômes qui hantent les terrains.
Les vraies questions qui demeurent
Ces trois histoires qui s'entrelacent en cette fin de Ligue des Nations posent la même question : à quel moment une nation accepte-t-elle que son moment est passé ? La Croatie y refuse encore de croire. L'Espagne vient de se demander si elle n'était pas condamnée. L'Algérie, elle, accepte la succession. C'est dans ces interstices – entre le scandale invoqué, la renaissance espérée et l'adieu résigné – que s'écrit la vraie géographie du football continental. Pas dans les résultats bruts, mais dans la signification qu'on leur accorde.