À 72 heures du match d'ouverture contre le Maroc, l'absence persistante de Neymar des entraînements plonge la Seleção dans l'incertitude. Ancelotti doit gérer l'imprévisible.
Morristown, New Jersey. Quelque part entre les installations de la Major League Soccer et les motels de province américaine, le Brésil attend. Depuis trois jours, une absence pèse plus que mille présences : celle de Neymar. À soixante-douze heures du coup d'envoi face au Maroc, ce qui devrait être une cérémonie de confirmation s'est transformé en feuilleton médical. La Seleção s'entraîne sans son joueur le plus transcendant, dans une ambiance que le staff qualifierait pudiquement d'« incertaine ».
L'homme qui n'était pas là
Neymar n'a pas participé à la séance d'entraînement collective mercredi. Ni mardi. Ni lundi. Trois jours d'absence, c'est un luxe qu'aucune équipe ne peut se permettre trois jours avant son entrée en lice dans une Coupe du Monde. Et pourtant, Carlo Ancelotti doit l'accepter. Le sélectionneur italien n'est pas le type à céder à la panique publique, mais ses hommes savent : un Neymar absent au coup d'envoi, c'est 40 millions de Brésiliens qui découvrent que le rêve américain a attendu trop longtemps.
Les informations qui filtrent restent parcimonieuses. Une gêne musculaire, peut-être. Une précaution, assurément. Le doute, c'est la vraie maladie. Quand un joueur de cette envergure rate les préparatifs ultimes d'une compétition mondiale, les scénarios catastrophes s'empilent dans les esprits. À 32 ans, Neymar n'a plus jamais le temps. Les blessures qui passaient pour des parenthèses à 22 ans deviennent des chapitres entiers du roman à cet âge. Le clock tourne. À Doha en 2022, il avait joué 90 minutes contre la Suisse malgré une cheville endolorie. Cette fois, Ancelotti n'est pas Luis Tite. Les méthodes ne sont pas les mêmes.
Depuis son départ de Paris en 2017, Neymar a accumulé les blessures comme d'autres accumulent les trophées : la cheville en 2018, le pied en 2019, l'épaule en 2021, le problème de cuisse qui l'a ralenti l'année passée. Le corps du génie s'est progressivement transformé en chronique de traumatisme. Et maintenant, à la veille du rendez-vous qui compte vraiment, le timing devient presque cruel. Le Brésil a remporté 15 matchs de qualification sur 16, marqué 58 buts. Neymar en a contribué 13 lui seul. Mais les statistiques de novembre ne sauvent personne en janvier.
L'héritage lourd d'une génération sans couronne
Ce qui rend cette absence insupportable, c'est le contexte. Le Brésil n'a pas remporté la Coupe du Monde depuis 2002. Vingt-quatre ans. Une génération entière a grandi sans le voir soulever ce trophée. Ronaldinho, Ronaldo, Ronaldão, Cafu, Roberto Carlos : tous ont quitté la scène internationale sans retrouver cette couronne qui semblait leur appartenir de droit divin. Neymar a hérité de ce poids dès ses débuts. On lui a collé l'étiquette du sauveur en même temps que celle du phénomène.
Il a participé à quatre Coupes du Monde. Zéro titre. Trois défaites en quart de finale, une en demi-finale (2014, le traumatisme de Belo Horizonte). À chaque fois, l'histoire a trouvé une raison pour l'ignorer au moment crucial. À 32 ans, c'est probablement sa dernière chance. Et elle commence face au Maroc, dimanche, tandis qu'il s'entraîne seul à Morristown, à l'écart des projecteurs.
Ancelotti a gagné la Champions League cinq fois. Il sait que les Coupes du Monde ne se gagnent pas dans les deux dernières semaines avant le premier match. Elles se gagnent sur la durée, sur la capacité à survivre aux obstacles imprévus. Mais trois jours avant le début, c'est trop tard pour improviser une philosophie. Le sélectionneur italien n'a plus qu'à espérer que cette prudence masque en réalité une blessure bénigne, et non une tragédie en slow motion.
Le casse-tête d'Ancelotti face à l'incertitude
Si Neymar ne joue pas, alors quoi ? Le Brésil possède des alternatives évidentes : Vinicius Junior, surpuissant cette saison en Espagne. Rodrygo, qui arrive au Real Madrid comme une révélation offensive. Mais ce ne sont pas des Neymar. Ce ne sont pas ces génies déstructurés qui inventent le football en marchant simplement vers le but. Ce sont des joueurs excellents, rapides, efficaces. C'est une catégorie différente.
Ancelotti devra aussi trancher un autre dilemme : dans quelle mesure accepte-t-il de laisser Neymar se préparer à son rythme ? Dans le football moderne, où la gestion des risques prime sur le culte du héros, un sélectionneur peut transformer une absence d'entraînement en avantage. Neymar fraîchement revenu contre une défense fatiguée au 65e minute ? C'est une arme différente. Mais c'est aussi un pari sur sa condition physique.
Le staff médical brésilien n'a livré aucun communiqué officiel. Les rumeurs vont bon train : une inflammation mineure, un taux d'effort insuffisant pour justifier une participation complète aux séances. Dimanche, face aux Marocains, on saura. Le Maroc, troisième du dernier Mondial en 2022, n'est pas un sparring-partner. C'est un adversaire qui a le droit de rêver. Un Brésil sans Neymar, même si Neymar ne joue finalement pas, c'est un Brésil psychologiquement affaibli. Moralement hypothéqué avant même le coup d'envoi.
Voilà où nous en sommes : à attendre que le corps d'un génie daigne fonctionner comme prévu. À trois jours du plus grand spectacle du football, la Seleção retient son souffle. Ancelotti a dirigé à Munich, à Madrid, à Liverpool. Il a affronté les plus grandes peurs. Mais la peur du corps qui abandonne, c'est la seule qui ne se prépare jamais tactiquement.