Face à l'Ouzbékistan, le Portugal doit oublier son nul décevant contre la RDC. Cristiano Ronaldo détend l'atmosphère avec de l'humour de groupe, révélant une équipe qui sait rebondir.
Quand Cristiano Ronaldo se permet de taquiner un équipier, ce n'est jamais anodin. Cela peut signifier deux choses : soit la tension est insoutenable, soit elle a déjà commencé à se dissiper. Mardi prochain, face à l'Ouzbékistan, la sélection portugaise aura besoin de cette seconde version pour transformer son début de campagne. Le match nul inaugural contre la République Démocratique du Congo (1-1) a laissé une amertume que seule une victoire convaincante effacera.
Quand l'humour devient stratégie de groupe
Les gestes de dérision que Cristiano Ronaldo adresse à ses partenaires lors des entraînements sont des signes révélateurs. À 39 ans, l'attaquant des Al-Nassr ne cherche plus à prouver sa domination par l'agressivité verbale. Son rôle a subtilement migré vers celui de régulateur émotionnel, de celui qui rappelle à ses coéquipiers que le foot reste un jeu collectif où l'on doit savoir rire de ses erreurs pour mieux les corriger. Cette capacité à détendre l'atmosphère sans jamais perdre de vue l'objectif constitue l'une de ses évolutions les plus méconnues depuis qu'il a quitté l'Europe en 2023.
Le contexte du départ contre la RDC avait pourtant tout pour créer une ambiance pesante. Une équipe attendue sur des bases solides face à un adversaire a priori abordable, mais qui s'était retrouvée obligée de negocier avec une formation africaine bien organisée et déterminée. Le Portugal avait dominé statistiquement (60% de possession), lancé 18 tirs dont 8 cadrés, mais s'était heurté à une défense compacte et à un gardien en grande forme. Puis vint le moment fatidique où tout ne peut que vaciller : le but égalisateur.
C'est précisément à cet instant que les leaders de vestiaire jouent leur rôle. Ronaldo, João Félix, Rúben Neves et les autres ont compris que s'apitoyer sur soi-même pendant deux jours ruinerait la confiance nécessaire pour le match suivant. La moquerie affectueuse qu'il adresse à ses coéquipiers relève donc d'une intelligence stratégique : briser le silence étouffant qui suit une déception collective.
La malédiction des débuts laborieux
Le Portugal n'est pas à son premier faux pas inaugural. L'équipe lusitanienne a une fâcheuse tendance à commencer ses grandes compétitions avec des résultats qui font grincer les dents des supporters et des analystes. Cette nervosité de début de compétition, ce manque de rythme qui caractérise les premières rencontres, affleure régulièrement à la surface. Quelque chose qui tient autant à la nature psychologique du sport collectif qu'à des détails tactiques.
Face à l'Ouzbékistan, les enjeux changent de nature. Non seulement une victoire devient impérative pour rétablir la confiance, mais elle doit aussi être nette, probante, sans tremblements. Le Portugal ne peut pas se permettre une nouvelle performance approximative. Les regards se tournent naturellement vers l'attaque, qui doit enfin exploiter la domination que son équipe sait générer. Ronaldo, pour sa part, devra peser davantage en tant que finisseur. À 39 ans, chaque occasion compte doublement.
L'histoire de cette sélection portugaise depuis une décennie montre que les grands collectifs sortent des crises par le haut quand ils possèdent une armature mentale solide. Le rire de vestiaire, ce n'est pas de la frivolité. C'est l'expression d'une équipe qui se connaît, qui peut affronter l'adversité sans que tout ne s'effondre. Ronaldo l'a appris lors de ses meilleures années à Manchester, à Madrid et à Turin. Cette leçon-là, il la transmet maintenant par des gestes simples : un sourire ironique, une taquinerie qui dit « on s'est raté, mais c'est normal, on va y retourner ».
L'Ouzbékistan comme test de caractère
Le match contre l'Ouzbékistan ne ressemble pas à une affiche prestigieuse. Voilà justement pourquoi il sera révélateur. Les sélections qui patinent face à des adversaires moins cotés sont celles qui manquent de résilience mentale, d'attitude professionnelle constante, ou qui pensent trop à la prochaine bataille avant d'avoir remporté celle-ci.
Pour le Portugal, mardi représente une forme de carrefour. Continuer sur sa lancée du nul ressemblerait à un désastre ; venir à bout d'une Ouzbékistan combattive et bien structurée fournirait, au contraire, un refondation rapide de la confiance. Les observations tactiques seront là : réussiront-ils à faire circuler le ballon avec plus de fluidité ? Trouveront-ils des espaces ? La défense tiendra-t-elle mieux sous pression ?
Mais l'élément sur lequel porta l'attention réelle, c'est la mentalité. Et c'est précisément ce que le sourire de Ronaldo adressé à ses coéquipiers durant les préparatifs laisse entrevoir : une équipe qui n'a pas perdu confiance en elle-même. Une équipe qui sait que les débuts sont souvent trompeurs, que ce qui compte, c'est l'aptitude à redresser la tête rapidement et à transformer une déception en ressort offensif.
Si le Portugal franchit ce cap face à l'Ouzbékistan sans traîner de chaînes mentales, sans cette pesanteur qui entrave les équipes secouées, alors cette moquerie amicale de Ronaldo aura servi de soupape. Elle aura permis à ses partenaires de comprendre qu'une équipe se juge pas sur un match malheureux, mais sur sa capacité à ne pas laisser ce match devenir une habitude. Voilà tout ce qu'il y a réellement en jeu mardi.