Le sélectionneur portugais Roberto Martínez envisage sérieusement la présence de Cristiano Ronaldo à la Coupe du Monde 2030. Une déclaration qui ravive le débat sur les limites de la longévité sportive.
Quarante-cinq ans. C'est l'âge que Cristiano Ronaldo aura en 2030 quand le Mondial frappera aux portes du Portugal, de l'Espagne et du Maroc. À cet instant où les autres mortels du football pensent aux mémoires et aux parts dans des fonds de capital-risque, voilà que Roberto Martínez, le sélectionneur portugais, évoque tranquillement la possibilité que son capitaine vieillissant soit toujours de la partie. Non pas comme consultant ou comme symbole, mais comme acteur sur le terrain.
Il y a quelque chose d'étrange, presque anachronique, dans cette projection. Pendant ce temps, le Mondial 2026 ne s'est même pas encore déroulé. La Coupe du Monde qui s'annonce comme la plus élargie de l'histoire—48 équipes au lieu de 32—n'a pas livré ses secrets, et déjà Martínez peint l'avenir en rose pour son talisman. C'est le propre des sélectionneurs: parler d'espoir quand la réalité se montre souvent moins complaisante.
Quand l'espoir se heurte aux faits
Reconnaissons-le, la déclaration de Martínez n'est pas dénuée de lucidité sportive. Cristiano Ronaldo reste, à 39 ans, un performeur établi à Al-Nassr, capable d'inscrire des buts à un rythme qui ferait rougir des attaquants bien plus jeunes. Ses 35 réalisations en 32 matchs cette saison témoignent d'une efficacité de tir qui semble imperméable au vieillissement. Mais transformer cette trajectoire actuelle en garantie pour 2030 relève d'un optimisme que seul un parent bienveillant—ou un sélectionneur en quête de stabilité émotionnelle—peut se permettre.
Le Portugal, rappelons-le, possède depuis quelques années un vivier offensif envié: João Félix, Rafael Leão, Bruno Fernandes en tant qu'organisateur du jeu. Ces joueurs seront dans la force de l'âge en 2030. Pourquoi sacrifier l'équilibre tactique pour une nostalgie fondée sur des réminiscences de 2016 ou même de 2022? C'est la question qui légitime le projet de Martínez mais la complique aussi.
À l'instar de Giuseppe Giallini qui prolongeait la carrière de troupes vieillissantes en les reconstituant tactiquement, Martínez pourrait concevoir un dispositif où Ronaldo jouerait plus le rôle de catalyseur qu'd'avant-centre traditionnel. Mais à quarante-cinq ans, même ce rôle suppose des capacités de récupération, de mobilité latérale, qui dépendent moins du talent que de la biologie pure.
La Coupe du Monde 2030 entre tradition et révolution
Le contexte du Mondial 2030 ajoute une couche de complexité à cette projection. L'édition portugaise-espagnole-marocaine sera la première à être vraiment transcontinentale, avec des matchs d'ouverture prévus en Amérique du Sud pour commémorer le centenaire de la première Coupe du Monde. C'est un Mondial fragmenté, logistiquement ambitieux, où les rythmes de jeu et les conditions climatiques varieront considérablement. Pour un joueur de 45 ans, même exceptionnellement entretenu, cela représente une épreuve sans précédent.
La présence de Ronaldo à Doha en 2022, où il a brisé le record du nombre de Mondiaux disputés par un joueur européen masculin en en jouant cinq (Pelé en avait joué quatre), semblait dessiner une fin de chapitre. Même si ce dernier avait marqué son arrivée à Al-Nassr par des performances remarquables, la question du rayonnement international du football saoudien rend sa présence au Portugal en tant que leader technique moins évidente que jamais.
Voici les éléments chiffrés qui structurent ce débat: Cristiano Ronaldo aura disputé 180 sélections internationales d'ici 2030 s'il continue à ce rythme. C'est un des totaux les plus élevés de l'histoire. En parallèle, seuls quatre joueurs ont participé à cinq Coupes du Monde au XXe et XXIe siècles. Ronaldo viserait d'être le premier à en disputer six.
- 5 Mondiaux disputés avant celui de 2026
- 180 sélections internationales potentielles avant 2030
- 35 buts inscrits cette saison en Arabie Saoudite à 39 ans
- 6 semaines de récupération entre chaque Mondial depuis 2018
Roberto Martínez sait pertinemment que le football, contrairement aux échecs, n'est pas un jeu où la rouille n'existe pas. Mais il sait aussi que Cristiano Ronaldo a toujours déjoué les pronostics. Ceux qui le prédisaient fini à 32 ans ont dû ravaler leurs paroles. Ceux qui le déclaraient usé à 35 ont vu grandir son aura en Serie A. À 39 ans, il impose le respect par ses nombres bruts.
Reste que 2030, c'est demain et hier à la fois. C'est assez proche pour être crédible dans la vision d'un sélectionneur, assez lointain pour que les blessures, les évidentes fatigues musculaires ou les crises existentielles du football professionnel puissent refaçonner le tableau complètement. Martínez mise sur la continuité d'une exception qui dure depuis deux décennies. C'est un pari, pas une certitude.
En attendant le Mondial 2026, qui verra Ronaldo à 41 ans, la question restera ouverte. Mais elle se pose désormais autrement: non plus «peut-il?», mais «devrait-il?». C'est peut-être là le vrai débat que Martínez devrait trancher, plutôt que de laisser le temps—l'arbitre le plus impartial—en décider.