À quelques heures du choc inaugural de la Coupe du Monde, Iliman Ndiaye dégaine un discours d'une franchise rare. Le Sénégal n'a peur de personne, pas même des Bleus.
Il y a des matches qui commencent avant le coup d'envoi. Celui-ci en fait partie. Iliman Ndiaye a décidé que le Sénégal ne jouerait pas les faire-valoir, que cette première journée de Coupe du Monde ne serait pas une simple mise en route pour la France. Les paroles du milieu de terrain sénégalais, tombées ce mardi, ressemblent à un manifeste : pas de révérence, pas de résignation d'avance, juste deux équipes qui vont se regarder dans les yeux.
Quand le Sénégal se rappelle qu'il a déjà gagné
La mémoire collective sénégalaise remonte à février 2022. Dakar. Le Stade Abdoulaye Wade explosait de joie quand Sadio Mané envoyait le Sénégal en finale de la CAN contre l'Égypte. Ce qui suit, on le sait : la victoire contre l'Égypte aux tirs au but, le premier titre continental du pays. Voilà ce qui fonde le discours de Ndiaye. Ce n'est pas une arrogance de néophyte, c'est l'assurance tranquille de celui qui a déjà franchi une montagne que peu d'équipes africaines conquièrent. Le Sénégal a goûté à la gloire continentale, et ce goût ne s'oublie pas.
Depuis cette épopée de 2022, l'équipe de Aliou Cissé a continué sa progression. Qualifiée pour le Mondial, elle pointe à une respectable 18ème place du classement FIFA. Pas une formation de rêve sur le papier, certes, mais une équipe qui joue au football moderne, avec des joueurs habitués aux plus grands championnats européens. Sadio Mané certes blessé, mais Idrissa Gana Gueye passé par Paris et Liverpool, des latéraux d'expérience, une structure défensive qui ne craint pas la confrontation.
Quand Ndiaye parle d'absence de complexe, il ne sort pas ça du néant. Il faut le voir dans son contexte : ce jeune Sénégalais de 26 ans évolue à Everton, il croise régulièrement des équipes de prestige en Premier League anglaise. Il sait de quoi il parle quand il dit que la France n'est pas surhumaine. Il l'a peut-être croisée au détour d'un match, analysée, disséquée.
La France face à un miroir un peu inconfortable
Voilà qui pose question sur le timing de cette première journée. Didier Deschamps lance son équipe contre une formation qui n'a rien à perdre, qui joue sans pression historique, qui dispute son premier Mondial depuis celui de 2002 (et encore, une présence trop brève pour compter vraiment). Le Sénégal, lui, a déjà écrit une histoire, même courte. Il revient pour la continuer.
Les Bleus, eux, portent le costume parfois étouffant du favori. Champion du monde sortant. Équipe dotée de moyens exceptionnels, avec un collectif rôdé au fil de quatre ans de compétitions majeures. Mais aussi une équipe qui a connu l'usure, les blessures — Mané étant justement l'une d'elles, mais du côté sénégalais. La France devra gérer son statut de géante, là où le Sénégal joue avec la légèreté de celui qui n'a rien à prouver d'autre que son propre honneur.
Les paroles de Ndiaye, ce ne sont pas des mots en l'air. Elles reflètent une mentalité. Le Sénégal a battu l'Égypte dans une finale de CAN, une des nations les plus prestigieuses du continent. Il a eu face à lui le talent de Mohamed Salah et il a prevail. Pourquoi la France serait-elle un mur infranchissable ? Le football, c'est aussi ça : la conviction que rien n'est écrit, que les hiérarchies peuvent se renverser en 90 minutes, que les paroles prononcées avant le coup de sifflet peuvent devenir des réalités.
Lorsque les mots ouvrent les portes du possible
L'histoire du sport international regorge de ces moments où une équipe considérée comme vaincue d'avance a jeté sa dernière cartouche avant le match, parlé fort, refusé le rôle du supplétif. Rarement ça finit mal pour le vestiaire qui a osé. Pas parce que les paroles créent la réalité magiquement, mais parce qu'elles constituent une armure mentale, une protection contre le doute qui tue.
Ndiaye le sait. Gueye le sait. Cissé aussi, qui a construit son équipe sur la résilience et l'état d'esprit autant que sur le talent. Le Sénégal n'arrivera pas à la Coupe du Monde pour faire de la figuration. Il y arrive pour déranger. Et si les paroles d'un de ses leaders quelques heures avant le coup d'envoi peuvent transformer une menace en confiance, alors c'est du travail bien fait.
La France doit donc se méfier. Non parce que le Sénégal est meilleur — les compteurs le contredisent — mais parce qu'un adversaire qui regarde droit dans les yeux sans baisser le regard, c'est l'adversaire le plus dangereux. Celui-là ne se résigne pas. Celui-là joue pour gagner, pas pour participer. Cela dit, une seule chose compte désormais : ce que les deux équipes vont faire avec ce ballon, ce terrain, et ces 90 minutes qui promettent d'être intenses.