Le technicien belgo-britannique remplace Christophe Pélissier à l'AJ Auxerre. Un pari sur la jeunesse et l'expérience européenne pour les Bourguignons.
Will Still foule les terres de la Ligue 1 avec l'insouciance de celui qui a déjà compris les rouages du jeu français. À 31 ans, le nouveau patron de l'AJ Auxerre débarque à Abbé-Deschamps en tant qu'homme de confiance, héritier d'une philosophie qui a fait ses preuves à Lens où, pendant trois ans, il a façonné une équipe capable de rivaliser avec les mastodontes du championnat. Son arrivée, officialisée pour deux saisons avec une en option, clôt un vide béant laissé par le départ de Christophe Pélissier, figure tutélaire de la renaissance auxerroise.
Un enfant du foot britannique qui a grandi à l'école continentale
Avant de devenir l'homme du moment en Ligue 1, Will Still a écrit son histoire ailleurs, dans les marges brillantes du football de haut niveau. Formé à Manchester City sous la direction de Pep Guardiola, où il a côtoyé les plus jeunes talents de la Fondation Citizens, il a rapidement compris que l'analyse moderne exigeait bien plus que la simple connaissance tactique. Son passage par Lens, entre 2020 et 2023, a transformé le club artésien en laboratoire d'idées : des jeunes pousses moulées dans une structure défensive stricte, capable de presser haut et de basculer en contre-attaque avec une précision chirurgicale.
Le curriculum vitae du Belge de père britannique fascine autant qu'il étonne. Avant de s'asseoir sur le banc lensois, il traînait derrière les écrans comme analyste vidéo à Brighton, puis avait tenté l'aventure précoce en tant qu'entraîneur aux Espoirs de Rennes. À 31 ans, il ne compte que trois campagnes comme technicien principal, mais celles-ci ont suffi à convaincre les décideurs bourguignons que la relève était assurée. Son départ précipité de Lens, en octobre dernier, après des tensions avec la direction sportive du club nordiste, laisse toutefois entrevoir une fragilité : celle de l'inexpérience face aux réalités politiques du football professionnel.
Auxerre attend l'offensive, Still propose la rigueur
L'AJ Auxerre n'est pas un club ordinaire, même rhabillé par la chimère du retour en Ligue 1. Ces terres bourguignonnes ont vibré au rythme des exploits européens, des Coupe UEFA remportées dans les années 1990, d'une culture de jeu offensif héritée de Guy Roux. Christophe Pélissier en avait été le gardien bienveillant, redonnant de la consistance à une institution fragile après des années de traverse. Il laisse un bilan enviable : 69 points en 34 journées l'an passé, une place de dauphin conquise sans clameurs inutiles.
Still, lui, arrive avec un blueprint différent. Le modèle lensois fonctionnait à l'économie : peu de possession, beaucoup de tension défensive, transitions rapides. Auxerre, c'est 4 millions d'habitants de moins dans le secteur que Lens, un stade moins impressionnant, mais aussi une tradition qui exige autre chose. Comment faire accepter la sobriété tactique dans une région qui a goûté à l'élégance ? C'est l'équation qu'Still devra résoudre dès les premières semaines. La direction auxerroise le sait : elle parie sur son potentiel éducatif, sur sa capacité à transformer des jeunes talents en atouts collectifs, plutôt que sur l'arrivée de vedettes usées par ailleurs.
Les chiffres de Lens parlent d'eux-mêmes : 60 points en moyenne par saison sous Still, une stabilité en cœur de tableau et une série impressionnante de 16 matchs sans défaite en 2022-2023. Mais il y a une différence abyssale entre maintenir Lens à flot et propulser Auxerre vers le haut. L'enjeu n'est pas seulement sportif, il est identitaire.
L'épreuve de vérité commence maintenant
Will Still hérite d'un effectif à la fois complet et fragile. Auxerre possède des atouts : une assise défensive solide, quelques jeunes promesses formées en interne, une stabilité financière relative. Mais la Ligue 1 n'est pas un championnat pour apprentis, même talentueux. Les clubs parisien, monégasque, marseillais et lyonnais ne pardonneront aucune faiblesse, aucune hésitation dans les fondamentaux.
La question qui traverse les cafés de la rue d'Egypte et du centre-ville auxerrois est simple : Still parviendra-t-il à imprimer sa patte avant que le calendrier ne dégénère ? Son expérience continentale compte, mais insuffisante face aux réalités draconiennes de la Ligue 1. Trois saisons à Lens constituent un socle, pas une garantie. Auxerre lui offre l'opportunité de franchir un palier, de prouver que son approche systématique peut fonctionner même lorsque les attentes augmentent. C'est un test qui dépassera largement les simples données tactiques : ce sera celui de sa maturité professionnelle, de sa capacité à naviguer dans les eaux politiques d'un club français traditionnel, de son sang-froid face aux turbulences que toute Ligue 1 réserve à ses nouveaux venus.
Pour Auxerre, c'est un pari on ne peut plus classique : miser sur la jeunesse d'un technicien au tempérament éprouvé pour rebooster une machine constructive mais usée. Will Still aura deux saisons pour transformer cette promesse en réalité tangible. Après, le temps s'évapore.