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Football

Belhanda lâche ses vérités sur l'OM - quand Marseille perd son aura

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Younès Belhanda n'y va pas par quatre chemins : l'Olympique de Marseille, autrefois géant français, s'est transformé en équipe ordinaire. Un diagnostic qui pose la vraie question : le club phocéen peut-il encore prétendre rivaliser ?

Belhanda lâche ses vérités sur l'OM - quand Marseille perd son aura

Il y a des joueurs qui passent, d'autres qui restent. Younès Belhanda, lui, observe. Ancré dans le football français par ses expériences marseillaise et monégasque, il possède ce recul que seuls les intimes du vestiaire peuvent avoir. Jeudi soir sur RMC Sport, l'international marocain a lâché un diagnostic sans détour sur l'état de santé de l'Olympique de Marseille, transformant un simple débat sportif en mise à nu de réalités inconfortables.

Le mot est tombé comme une pierre dans un puits : quelconque. L'OM, ce club qui a remporté la Ligue des champions en 1993, qui a structuré une identité méditerranéenne autour de ses couleurs blanc et bleu, serait devenu ordinaire. Pas mauvais. Pas en crise. Ordinaire. C'est pire, en un sens. Car l'ordinaire, c'est l'invisibilité. C'est la perte progressive de ce qui faisait peur aux adversaires, de ce qui gonflait les poitrines dans les tribunes du Vieux-Port.

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Pourquoi Marseille ne fait plus trembler la Ligue 1 ?

Depuis maintenant plusieurs saisons, l'OM n'a plus les ressources pour imposer un projet ambitieux qui tienne plus d'une année civile. Le virage financier imposé par la DNCG en 2021 a transformé le club en véritable chambre d'écluses : des talents arrivent, restent dix-huit mois, puis s'envolent vers des horizons plus stables ou plus lucratifs. Cet été encore, Matthijs de Ligt a quitté la Provence pour la Juventus. L'année précédente, c'était Jules Koundé vers Séville, puis Sévère Desai de Reims qui n'a jamais eu le temps de prouver quoi que ce soit.

La construction d'une équipe, c'est comme l'architecture : on ne pose pas les pierres une par une chaque année. Or, c'est exactement ce que l'OM est contraint de faire. Regardez les chiffres de présence en Ligue 1 : environ 45 000 spectateurs en moyenne ces dernières saisons. C'est respectable pour la majorité des clubs, mais pour Marseille ? C'est une capitulation silencieuse. Le Vélodrome, cette cathédrale de 67 000 places, ne crie plus. Les supporters eux-mêmes ont senti le changement vibratoire.

L'absence de continuité sportive a créé un vide où germe la médiocrité. Pas celle du renoncement, mais celle de l'inévitabilité : sans moyens stables, sans projet séquentiel, sans cette vision à cinq ans que seuls les clubs richement dotés peuvent se permettre, comment construire une domination ? Le PSG, lui, maîtrise cette équation : moyens massifs + stabilité = constance. L'OM joue au contraire à chaque été une nouvelle partie de Lego avec des pièces que personne d'autre ne veut.

Est-ce une question de dirigeants ou de structure inhérente ?

Belhanda pointe des responsabilités, et ce serait naïf de ne voir que des facteurs externes. Pablo Longoria, le président, s'acharne depuis son arrivée en 2021 à redresser un club que l'ère Eyraud avait laissé sur le flanc. Mais redresser n'est pas rebâtir. Redresser, c'est mettre des pansements quand il faudrait des greffes.

Le paradoxe marseillais tient à ceci : le club dispose d'une base institutionnelle exceptionnelle. Un stade qui terrorisait encore les équipes parisiennes il y a dix ans. Des supporters qui formaient une armée. Une histoire qui pèse plusieurs tonnes. Mais cette histoire, justement, pèse. Elle crée une attente qu'aucun recrutement intermédiaire ne peut combler. Quand vous arrivez à l'OM en tant que milieu de terrain passable, on attend de vous que vous emboîtiez le pas à Eboué Toto ou Bouma Soumaré. L'OM abuse ses joueurs de cette façon : en les écrasant sous le poids de ce qui a été.

Jürgen Klopp, quand il est arrivé à Liverpool en 2015, a trouvé un club affaibli mais avec des fondations. Il a reconstruit patiemment, sans pression folle les trois premières années, avant de lever son poing vers le ciel en 2019. Marseille, elle, veut le poing levé tout de suite. Tous les étés. Elle recrute comme une équipe en crise permanente, et cette angoisse se transmet aux vestiaires.

Comment retrouver la fierté phocéenne sans les pétrodollars ?

La question n'a pas de réponse simple, mais elle en a une : en acceptant une descente temporaire avant la remontée. C'est ce que Manchester United refuse de faire depuis trois ans, avec les résultats que l'on sait. Liverpool l'a fait. Dortmund l'a fait. Et bien sûr, Marseille a eu cette expérience de 2020 à 2022, avant de croire que quelques signatures suffiraient.

Les exemples étrangers montrent qu'on ne revient pas en Ligue des champions par des raccourcis. On y revient par une sélection drastique, un projet incarné par un entraîneur de qualité (que l'OM n'a pas stabilisé depuis Bielsa) et une patience stratégique. Trois choses qu'un club sous stress financier peine structurellement à réunir.

Accuser Belhanda de détecter l'évidence serait injuste. Il dit à voix haute ce que chaque observateur attentif entend en sourdine : Marseille n'effraye plus personne. Le Vélodrome en moins, c'est un club de haut de tableau sans plus. Respectable, même, dans ses meilleurs moments. Mais ordinaire. Et l'ordinaire, pour Marseille, c'est pire que la défaite.

Reste que le football des émotions peut aussi s'inventer ailleurs qu'en hauts de tableau. Il y a quelque chose d'authentiquement humain dans la lutte face à l'adversité. Peut-être que l'OM, conscient de cette réalité crue, trouvera sa vraie renaissance non pas en essayant de jouer à égalité avec Paris, mais en redonnant sens à son existence locale, européenne, en construisant lentement ce que les années 1990 lui avaient offert d'emblée. L'aura, ça se regagne. Mais pas à coups de signatures paniquées.

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