Après la débâcle contre la Suisse en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026, Riyad Mahrez annonce son départ de la sélection algérienne à 35 ans. Un symbole de l'effondrement des Fennecs.
Il y a une forme de symétrie cruelle dans les adieux. Riyad Mahrez quitte la sélection algérienne non pas au sommet, entouré de vivats et d'hymnes nationaux, mais dans la grisaille d'une défaite 2 à 0 en Suisse, lors d'un huitième de finale de Coupe du monde où l'Algérie n'a jamais vraiment existé. Le champion d'Afrique de 2019, celui qui avait conduit les Fennecs au firmament continental avec son ballon maudit et ses dribbles hypnotiques, s'en va comme il devait finir : frustré, éjecté avant terme, incapable de sauver les siens.
À 35 ans, Mahrez pose donc les armes après une carrière internationale bâtie sur l'excellence individuelle et les étincelles de génie, mais aussi sur une série de déceptions collectives qui auront marqué ce début de décennie algérien. Son annonce de retraite, prononcée au lendemain de l'élimination face aux Helvètes, intervient comme une ponctuation attendue mais néanmoins symbolique d'une époque qui s'achève pour la sélection nord-africaine.
Quand les solistes brillent, mais l'orchestre s'effondre
L'histoire de Mahrez avec la sélection algérienne ressemble à celle d'un homme aux prises avec ses propres limites et celles de son environnement. Arrivé à Manchester City en janvier 2018, il a connu des débuts laborieux en Angleterre avant de devenir un élément clé du système de Pep Guardiola. Pendant ce temps, à l'échelon international, il incarnait le dernier espoir d'une génération qui, en 2014, avait échoué à défendre le titre africain acquis deux ans plus tôt. Son sacre continental en 2019, précisément remporté contre le Sénégal au Caire, avec lui au cœur du jeu offensif algérien, semblait promettre une nouvelle ère de domination africaine. Il n'en a rien été.
Depuis cette consécration cairote, les Fennecs n'ont cessé de décliner. Le tournoi de 2021, où l'Algérie s'est montrée fragile avant sa sortie aux tirs au but face à la Côte d'Ivoire en quart de finale, avait déjà sonné l'alarme. Puis vinrent les échecs aux éliminatoires du Mondial 2022 face à la Tunisie, cette défaite catastrophique sur la pelouse de Rades qui avait marqué le début du déclin. À chaque fois, les prestations individuelles de Mahrez, brillantes et intermittentes, se heurtaient aux carences systémiques d'une équipe en reconstruction permanente. Ses dribbles enchanteurs ne pouvaient combler les failles d'une défense poreuse ou l'absence de structure offensive cohérente.
Cette édition 2026, qui se disputait au Maroc, au Canada et aux États-Unis, aurait dû être différente. Une ultime chance pour celui qui, à Manchester City, avait remporté quatre titres de Premier League et découvert le statut de champion du monde par clubs. Mais l'Algérie, amputée de ses meilleurs éléments depuis plusieurs années et vidée de son projet collectif, n'a fourni qu'une apparence de équipe lors de cette campagne qualificative. La débâcle suisse, cristallisant une élimination prématurée, a scellé définitivement le sort d'une génération.
Un départ qui dit beaucoup sur le vide algérien
L'Algérie n'est pas la seule nation à avoir produit des joueurs talentueux incapables de transformer leur génie personnel en conquêtes collectives. Mais la situation des Fennecs possède une tonalité particulière, celle d'un déclin qui s'accélère plutôt qu'il ne se stabilise. Depuis 2019, le pays a vu ses jeunes talents expatriés sans qu'aucune vague de relève ne parvienne à émerger véritablement. Les infrastructures du football algérien, paralysées par les dysfonctionnements administratifs et une gouvernance chaotique, n'ont pas permis de cultiver l'éclosion d'une nouvelle génération.
Mahrez, lui, a choisi l'instant du départ. Son annonce de retraite internationale ressemble à un aveu d'impuissance face à un système trop fragile pour permettre à un talent individuel de s'épanouir collectivement. En 103 sélections, il a marqué 26 buts, des chiffres honorables mais loin des explosions créatives qu'on attendait de lui. Le joueur qui avait fait trembler les défenses africaines avec ses crochets dévastateurs et ses tirs en pivot s'éloigne sans jamais avoir su transformer l'équipe algérienne en force continentale durable.
Son départ ne surprend guère qui connaît l'état du football algérien. À 35 ans, pourquoi persister dans un projet sans horizon clairement défini ? Pourquoi s'accrocher à un sélectionneur sans vision ou à des structures administratives devenues toxiques ? Mahrez a choisi de partir plutôt que de s'user davantage dans une lutte aux allures de Sisyphe.
L'Algérie face à son vide générationnel
Ce qui attend maintenant l'Algérie est bien plus préoccupant que le départ d'un joueur, même prestigieux. Le vide générationnel demeure béant. Les jeunes talents qui auraient dû émerger au cours de la dernière olympiade—Yacine Adli, Adam Ounas, Romain Saïss dans les années creuses—n'ont pas formé une nouvelle vague d'exception. Les joueurs évoluant en Europe n'ont pas créé de synergie ni de projet ambitieux à l'échelon continental.
Le sélectionneur algérien hériterait d'une équipe décapitée, privée de sa dernière figure tutélaire. Ce vide de leadership et de projet collectif risque de précipiter davantage le déclin des Fennecs au cours des prochains cycles de compétitions africaines et mondiales. L'Algérie, qui a longtemps incarné une certaine élégance du jeu à l'africain, semble désormais condamnée à une traversée du désert dont la durée demeure incertaine.
Riyad Mahrez s'en va donc, non pas en héros, mais en homme qui a compris que les talents isolés ne suffisent jamais. Son départ ouvre une question bien plus large : quand et comment l'Algérie parviendra-t-elle à restaurer la cohésion et l'ambition qui fondaient autrefois sa puissance ? Pour l'instant, aucune réponse n'émerge de l'obscurité.