En éliminatoires de la Coupe du monde 2026, la Croatie a égalisé grâce à un but de classe de Baturina contre l'Angleterre, juste après l'ouverture du score de Kane.
Harry Kane pensait avoir lancé l'Angleterre vers la victoire. Le numéro neuf des Three Lions, qui a dû s'y reprendre à deux fois pour trouver le chemin des filets, venait de donner l'avantage aux siens en cette nuit décisive du groupe L des qualifications pour la Coupe du monde 2026. Une première période maîtrisée par les Britanniques, une domination tranquille. Et puis Martin Baturina s'est rappelé à l'ordre.
Le Croate a récupéré le ballon dans des zones où la plupart des milieux auraient déjà commencé à reculer. Pas lui. Baturina a progressé vers l'avant avec cette sérénité qui caractérise les joueurs capables de faire la différence dans les matchs qui comptent. Son frappe, net et précis, a trouvé l'angle morte du gardien anglais. 1-1. Soudain, la partie revenait à zéro, et la Croatie retrouvait espoir dans ce duel que tout le monde considérait comme un affrontement de géants.
Ce but à la saveur particulière résume parfaitement l'enjeu de cette phase de qualifications. L'Angleterre, largement favorite, possède des individualités plus prestigieuses et un effectif bâti autour de noms qui font rêver l'Europe. Mais le football, on le sait, n'obéit pas à la hiérarchie des noms. La Croatie l'a prouvé hier soir. Cette équipe qui a atteint la finale du Mondial 2018 sait comment survivre à la tempête, comment rester dans le match quand tout semble perdu.
Baturina, le métronome qui refuse l'anonymat
Celui qui a claqué cette égalisation n'est pas un inconnu du football européen, mais il incarne précisément ce profil de joueur qui fait la différence au moment où personne ne l'attend vraiment. À 21 ans, Martin Baturina joue déjà avec la maturité d'un vétéran. Son club, le Dinamo Zagreb, l'a façonné loin des projecteurs médiatiques français, anglais ou allemands, mais ce type de parcours crée souvent des joueurs plus affûtés, plus conscients de leurs responsabilités.
Son but contre l'Angleterre n'est pas une accumulation de coups de chance. C'est le fruit d'une lecture de jeu correcte, d'une prise de balle au bon moment, d'une exécution technique propre. Pas de panique, pas d'hésitation. Il y a trois mois, Baturina aurait peut-être paniqué face à une défense anglaise. Mais ce mercredi soir, il a eu l'aplomb d'un joueur qui a l'habitude de jouer des matchs décisifs. Le genre de confiance qui prend du temps à construire, et qu'on ne peut pas acheter au supermarché du mercato.
L'attaquant croate a profité d'une seconde d'inattention de la défense anglaise, cette minuscule brèche que les meilleurs savent exploiter. Vingt mètres de terrain à traverser, une première touche correcte, et l'ajustement du pied qui ne pardonne pas. Les gardiens se souviennent toujours de ces moments : le ballon part en direction de la lucarne, vous voyez déjà que c'est trop tard, et puis c'est derrière vous.
L'Angleterre face à ses démons récurrents
Pour Gareth Southgate et son staff, ce but encaissé rapidement après celui de Kane doit ressembler à un scénario déjà vu. L'Angleterre a ce talent particulier de faire peur aux supporters à domicile, de permettre aux équipes supposément moins fortes de revenir dans le match, de créer du suspense là où tout semblait réglé. Kane qui se crée sa propre chance, qui double la mise presque seul contre la Croatie, c'est un relief habituel du football anglais.
Mais ce qui suit souvent — cette incapacité à transformer l'avantage initial en victoire confortable — c'est aussi une marque de fabrique. Les Three Lions ont remporté seulement 58% de leurs matchs de qualifications depuis 2020. Ce chiffre peut paraître correct sur le papier, mais dans le contexte britannique, où l'attente est celle d'une domination quasi permanente, c'est un signal d'alarme. Baturina et la Croatie en ont encore fourni une preuve vivante hier soir.
Harry Kane a marqué deux fois pour ne finalement en voir valider qu'un. Le buteur du Bayern Munich s'y était repris à deux fois, selon nos informations, avant de trouver l'ouverture. C'est ce genre de détail qui peut déranger les analyses tactiques. Quand ton attaquant vedette doit s'y reprendre à deux fois, c'est que la Croatie, malgré sa défense organisée, crée des doutes. Et une fois les doutes installés, les équipes qui savent jouer au football — comme celle menée par le capitaine Luka Modric en retraite, mais dont l'ADN perdure — elles s'engouffrent dedans.
Le groupe L qui s'ouvre à tous les scénarios
Ce 1-1 change la physionomie du groupe L des qualifications pour le Mondial 2026. Pendant longtemps, on pensait assister à une promenade anglaise, à une Croatie qui répondrait présente mais sans trop d'illusions. Le résultat de cette première journée — ou de ce match considéré comme majeur — insuffle une tout autre dynamique. La Croatie peut envisager sérieusement de terminer devant l'Angleterre, ou du moins de créer des problèmes jusqu'au dernier match.
Baturina a marqué le but qui pourrait définir toute la suite de la compétition qualificative. Ce n'est pas une exagération : en phase de groupes, un point pris contre un favoris revêt une importance disproportionnée psychologiquement. L'Angleterre sait maintenant qu'elle ne peut pas dormir, la Croatie sait qu'elle peut faire mal. Et les autres nations du groupe observent comment s'équilibrent les forces.
La réaction de Baturina, son aplomb face à ce contexte prestigieux, sa capacité à transformer un instant de flottement en opportunité bien exploitée — voilà ce qui devrait faire penser aux observateurs anglais qu'il ne suffira pas d'avoir les plus beaux noms dans l'effectif pour accrocher le Mondial 2026. La Croatie se souvient de ses blessures, de ses efforts, de ses victoires improbables. Baturina en incarne hier soir le symbole vivant.