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Maroc inquiète malgré son sans-faute aux éliminatoires de la Coupe du monde 2026

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Footmercato

Après un succès contre Haïti (4-2), les Lions de l'Atlas terminent parfaits en phase de poules. Mais Bilal El Khannouss et ses coéquipiers ont révélé des fragilités défensives qui pourraient coûter cher.

Maroc inquiète malgré son sans-faute aux éliminatoires de la Coupe du monde 2026

Le parcours marocain ressemble à celui d'une machine bien huilée jusqu'à ce qu'on n'observe de près. Quatre victoires en quatre matchs, un bilan offensif flamboyant avec treize buts inscrits, une première place dans la poule assurée avant même le dernier match : sur le papier, les Lions de l'Atlas dominent sans contestation possible leur groupe de qualification pour la Coupe du monde 2026. Et pourtant, mercredi soir face à Haïti, quelque chose a craqué dans l'armure.

La rencontre terminée sur le score de 4-2 revêt une teinte bien différente selon qu'on la regarde de loin ou de près. En surface, la victoire rassure. Au cœur du jeu, elle alarme. Menés à deux reprises durant cette partie, les Marocains ont dû puiser dans des ressources offensives pour masquer un déficit organisationnel qui ne peut pas être réduit à une simple soirée sans. Bilal El Khannouss, le milieu de terrain du Manchester City, a évoqué après le match une forme de réveil nécessaire, un terme qui dit plus sur l'état réel de la préparation que tous les communiqués de la fédération.

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Une perfection en trompe-l'œil qui cache des béances tactiques

Il faut revenir sur la mécanique de cette victoire pour saisir le malaise qui étreint l'encadrement marocain. Le Maroc a effectivement inscrit quatre buts, mais il en a encaissé deux, chiffre qui tranche avec la solidité défensive censée être l'ADN du football marocain depuis plusieurs années. Haïti, adversaire clairement inférieur en qualité technique, s'est procuré des espaces de danger à plusieurs reprises. Des espaces qui ne devraient pas exister contre une équipe de cette envergure si l'édifice tactique était vraiment en place.

Ce qui préoccupe davantage, c'est la lecture du jeu. Menés 1-0, puis 2-1, les Marocains ont réagi par l'intensité offensive plutôt que par une correction défensive structurée. Le sélectionneur Walid Regragui n'a pas eu besoin d'inventer des solutions tactiques majeures ; ses joueurs ont simplement marqué plus que l'adversaire. Sur une durée de cent quatre-vingt minutes de compétition éliminatoire, cette approche suffira peut-être. Sur cent quatre-vingts minutes contre une équipe européenne ou sud-américaine majeure, elle ressemble à un aveu de faiblesse.

Le groupe marocain comptera sur la qualité technique de ses joueurs pour rattraper ces manquements. Hakim Ziyech, Noussair Mazraoui, Bilal El Khannouss lui-même : le talent ne manque pas. Mais le talent seul ne gagne pas des matchs de Coupe du monde contre les meilleures équipes mondiales. Et c'est précisément ce que Regragui doit corriger avant octobre prochain, quand commenceront les véritables enjeux.

Les statistiques des quatre matchs de poule racontent une histoire présentable : treize buts marqués, seulement trois encaissés, un ratio offensif-défensif de 4,33 pour 1. Mais cette moyenne cache une tendance inquiétante. Les deux premiers matchs ont vu un Maroc dominant, presque écrasant. Les deux suivants, contre des adversaires plus robustes (dont cette Haïti qui n'est pas sans ressources), ont montré des équipes moins assurées, moins lisibles dans leur organisation collective. La courbe de la compétition, même en phase de poules, dessine un V inversé plutôt que l'ascension rassurante que tout sélectionneur préférerait voir.

La phase de groupes n'était que le préambule d'un combat bien réel

À partir d'octobre, quand les barrages de qualification entraîneront les Marocains face à des adversaires coriaces, cette prise de conscience pourrait s'avérer salutaire. Regragui dispose de quelques mois pour affiner sa tactique défensive, pour établir des automatismes qui ne dépendent pas uniquement de la virtuosité individuelle. Le luxe relatif des éliminatoires continentales, c'est qu'on peut progresser de match en match sans être sanctionné immédiatement par un revers cuisant.

L'expression de Bilal El Khannouss après ce succès contre Haïti n'avait d'ailleurs rien d'une jubilation classique. Elle avait plutôt la teinte grise d'une introspection. Les professionnels de haut niveau, surtout ceux qui évoluent aux plus hauts niveaux européens, savent distinguer la victoire de la performance. Une victoire sans performance ressemble à une gifle qu'on se donne soi-même : elle apaise le tableau de bord, mais elle ne règle rien sur le terrain.

  • 4 victoires sur 4 matchs : le Maroc premier de sa poule sans laisser de miettes
  • 13 buts inscrits contre 3 encaissés : un bilan offensif flamboyant, une défense qui plie
  • 2 déficits comblés en un même match : un signe que la construction défensive n'est pas hermétique
  • Régularité offensive mais instabilité défensive : la trajectoire à corriger avant les vrais enjeux d'octobre

Les Lions de l'Atlas ont obtenu ce qu'ils cherchaient : une qualification sans encombre en phase finale des barrages. Mais le chemin vers la Coupe du monde 2026 commence vraiment maintenant. Et les blessures cachées sous le vernis de cette phase de groupes sont bien réelles.

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