Après Angleterre-Croatie (4-2) en 2026, Roy Keane s'en prend au comportement des femmes de joueurs. Une charge qui ravive un conflit générationnel au cœur du football moderne.
Roy Keane n'a jamais eu besoin d'un costume de punching-ball pour se sentir vivant. À peine la Coupe du Monde 2026 en route, l'ancien capitaine de Manchester United a trouvé son cible habituelle : les femmes des footballeurs, ces fameuses WAGs qui font davantage la une des tabloids que certains tiers-latéraux. Après le succès convaincant de l'Angleterre face à la Croatie (4-2), Keane a estimé pertinent de critiquer non pas la prestation des Three Lions ou la naïveté défensive croate, mais le simple fait qu'elles existaient sur les tribunes avec leurs propres vêtements et leurs propres ambitions.
Quand la morale football pense encore en 1982
Le phénomène des WAGs n'est pas nouveau. Il suffit de remonter à la Coupe du Monde 2006 en Allemagne pour voir que les compagnes des joueurs anglais avaient déjà fait couler plus d'encre que Rio Ferdinand ne défendait de buts. Mais Keane représente une lignée de penseurs du football pour qui l'amusement des femmes reste subordonné à la concentration des mâles. Cette vision du monde repose sur une prémisse délibérément rejetée par la modernité sportive : l'idée que la présence féminine, simplement en tant que présence, constituerait une distraction incompatible avec l'excellence sportive.
Ce qui fascinant, c'est que Keane dénonce un comportement sans jamais le préciser. Quels gestes exactement ? Quelles tenues ? La critique flotte dans l'imprécis, ce qui révèle moins un problème objectif qu'une malaise devant l'affirmation du droit à exister publiquement. Comme si le simple fait de sourire dans les gradins constituait une déreliction du devoir conjugal de silence et d'effacement.
L'Angleterre dispose pourtant de ressources offensives incroyables en 2026. Jude Bellingham a atteint une maturité rarissime pour son âge. Phil Foden continue de terroriser les défenses. Le ratio talent-à-humilité penche clairement vers le talent. Mais Keane préfère accuser le public plutôt que de regarder dans le miroir de l'analyse tactique sérieuse. C'est plus facile, plus mobilisateur, plus viril.
Le football féminin gagne, les vieilles obsessions restent
Il existe une ironie savoureuse à entendre un ancien joueur de football critiquer les femmes qui osent être présentes alors même que le football féminin connaît une croissance exponentielle. En 2025-2026, le nombre de spectatrices de matches professionnels dépasse pour la première fois 45 % de l'assistance totale dans les grands championnats européens. Les femmes ne sont plus des invitées tolérées du football : elles en sont une part fondamentale de l'écosystème.
Pendant ce temps, les compagnes et épouses des joueurs n'ont qu'un crime : avoir une existence visible. Elles ne jouent pas au football, certes, mais elles subissent les mêmes pressions médiatiques, les mêmes inégalités économiques que les hommes du sport professionnel. Certaines ont construit des carrières indépendantes en mannequinat, en business, en influence. D'autres ont simplement choisi de suivre leur compagnon. Pourquoi cette dernière option devrait-elle justifier qu'on les réduise au rôle d'encombrement psychologique ?
Ce débat résume finalement deux conceptions du football professionnel. L'une, celle de Keane et de sa génération, voit le football comme un monastère où la pureté de la concentration doit être préservée à tout prix. L'autre, celle du football contemporain, accepte que le sport professionnel soit un écosystème complexe où les femmes, les familles, les supporters, les partenaires commerciaux et les médias forment un ensemble indissociable.
- La présence des WAGs remonte officiellement aux années 1990, explosée en 2006 lors du Mondial allemand
- Les femmes représentent aujourd'hui 45 % de l'assistance aux matches professionnels majeurs
- L'Angleterre a remporté Angleterre-Croatie 4-2, sans que les femmes des tribunes n'aient marqué un seul but
- Keane critique sans préciser, révélant davantage un malaise générationnel qu'un problème réel
Ce qui intéresse Keane, c'est moins le football lui-même qu'un ordre établi où certains silences s'imposaient naturellement. La Coupe du Monde 2026 se déroulera en Amérique du Nord, continent où les femmes n'ont jamais eu besoin de la permission des légendes britanniques pour exister en public. L'Angleterre, elle, traîne ses vieilles obsessions comme des chaînes. On peut se demander ce qui nuira davantage à ses performances : la présence visible de ses femmes, ou l'énergie dépensée à les critiquer.