Le sélectionneur belge s'est attiré les foudres des observateurs après sa victoire tremblante face au Sénégal. Une leçon d'humilité avant les quarts.
Trois buts marqués, deux concédés, et une réputation écorchée. Rudi García a remporté un match qu'il aurait dû dominer hier soir au Mexique, mais le scénario chaotique de cette rencontre des seizièmes de finale a laissé bien des questions sans réponse sur les véritables capacités défensives de la Belgique. Le sélectionneur italien n'avait pas prévu cette tempête. Pas plus qu'il n'avait anticipé que ses déclarations d'avant-match, suffisamment tranchantes pour susciter le débat, allaient lui revenir en pleine face comme un boomerang.
Trois buts pour la forme, zéro pour la sérénité
Sur le papier, c'est une victoire confortable. Sur le terrain, c'était du chaos. La Belgique a inscrit trois fois, ce qui semblait devoir suffire face à une sélection sénégalaise venue pour l'expérience. Sauf que les hommes de García ont également encaissé deux buts, dont une réalisation complètement évitable à treize minutes de la fin. Comment peut-on se permettre de jouer avec le feu quand on est censé incarner une génération dorée du football européen?
Le malaise était palpable dès la mi-temps. Les supporters belges dans les tribunes commençaient à s'interroger. Les commentateurs aussi. García avait construit son discours sur l'idée d'une Belgique expérimentée, capable de gérer les moments critiques, de maîtriser les équipes moins pourvues en ressources offensives. Or, pendant quatre-vingt-dix minutes, il a dû attendre la dernière demi-heure pour que ses joueurs trouvent véritablement leur rythme. Rentabilité 3-2, c'est loin d'être la démonstration de force qu'on imaginait.
Les chiffres du match racontent une histoire peu glorieuse pour Bruxelles: 42% de possession en première période, une défense qui s'effondrait sur des transitions rapides du Sénégal, des centraux complètement décalés à plusieurs reprises. Quand Cheikhou Kouyaté a égalisé, puis quand Sadio Mané aurait pu faire la différence sur une contre-attaque, même les plus optimistes ont retenu leur souffle. C'est à peine si García semblait respirer sur le banc.
Les paroles qui reviennent hanter
Mais le vrai problème de Rudi García, ce n'est pas seulement ce qui s'est joué sur la pelouse. C'est ce qu'il avait dit avant. Opta, l'institut de statistiques réputé plutôt neutre, s'est transformé en chroniqueur amusé pour pointer l'écart monumental entre les déclarations du sélectionneur et la réalité du match. García n'avait pas mâché ses mots en conférence de presse d'avant-match, présentant le Sénégal comme une équipe à balayer, une simple étape vers les quarts de finale.
Il y avait presque une condescendance dans son approche, comme si le dossier était plié avant même le coup d'envoi. Voilà le genre de propos qui circule rapidement dans les coulisses du foot international. Les autres sélectionneurs le savaient. Les journalistes belges l'avaient repéré. Et les statisticiens d'Opta, fins observateurs, avaient décidé d'en faire du second degré puisqu'il y avait matière. Douze heures plus tard, García devait expliquer pourquoi sa sélection avait failli.
C'est une leçon ancienne du sport professionnel, pourtant: on ne parle jamais. Ou du moins, on ne parle jamais trop. La Belgique aurait pu entrer au stade sans commentaires, jouer son match, gagner 3-0, puis García aurait fait l'intéressé lors de la conférence d'après-match. Au lieu de ça, les propos maladroits ont créé une attente artificielle, irréaliste même, qui rendait la victoire mesquine aux yeux des observateurs.
Les quarts de finale deviennent une montagne
Voilà où se situe le vrai danger pour les Belges. García va devoir modérer son discours, c'est certain. Mais surtout, il va devoir attendre les quarts de finale avec une équipe qui doute d'elle-même, ou du moins une équipe dont l'assurance a été éclaboussée. Le Sénégal, finalement, aura peut-être rendu un énorme service à la suite du tournoi en rappelant que cette Belgique-là n'est plus aussi imparable qu'on aurait pu le croire.
Les trois prochains matchs vont être scrutés différemment désormais. Chaque erreur défensive sera commentée en référence à hier soir. Et si García commet l'erreur de continuer sur le ton de la supériorité, les critiques vont dévenir sourdes au premier moment difficile. C'est l'effet d'une victoire honteuse dans un tournoi où les secondes chances sont rares. On gagne 3-2, oui, on avance, oui, mais on perd quelque chose en chemin: la confiance tranquille, l'aura de favori que tout bon sélectionneur doit cultiver en silence.
Le Sénégal rentre chez lui la tête basse. Mais il aura dérangé. Et pour une génération belge vieillissante menée par un García qui semble découvrir à soixante-trois ans qu'on ne gagne pas les Coupes du Monde au mépris des adversaires, c'est peut-être exactement ce dont elle avait besoin d'entendre.