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Football

Infantino empoche 29 millions, la FIFA s'interroge

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Le président de la FIFA Gianni Infantino a perçu 29 millions de dollars en 2023. Un salaire pharaonique qui ranime le débat sur la gouvernance de l'instance mondiale du football.

Infantino empoche 29 millions, la FIFA s'interroge

Gianni Infantino touche 29 millions de dollars par an. Vous avez bien lu. Le président de la FIFA a rendu publics ses chiffres de rémunération dans le rapport annuel de l'instance mondiale, et le résultat fait tourner les têtes. Voilà ce qui arrive quand une organisation prétendument à but non-lucratif dispose d'une manne financière inépuisable et d'une gouvernance où personne n'ose vraiment poser les bonnes questions.

Depuis son arrivée en 2016, Infantino a transformé la FIFA en véritable machine à cash, dopée par les droits télévisés colossaux, les partenariats mirobolants et l'explosion du Mondial aux 48 équipes. Mais gère-t-on vraiment un tel pactole comme si de rien n'était ? Quelques chiffres suffisent à comprendre : en 2023, la FIFA a réalisé un chiffre d'affaires dépassant les 7 milliards de dollars sur le cycle quadriennal. La part réservée au chef de l'exécutif ? Elle explose les standards de n'importe quelle fédération sportive mondiale.

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Pourquoi un tel salaire pour un administrateur ?

L'argument officiel semble toujours le même : Infantino justifie sa rémunération en rappelant qu'il a modernisé la FIFA après le scandale de 2015, qu'il a restauré la crédibilité de l'institution et qu'il pilote une organisation de plus de 1 300 salariés. Sur le papier, cela sonne presque cohérent. Le hic ? Aucun patron de fédération nationale, aucun directeur de ligue européenne ne gagne ne serait-ce que la moitié de cette somme. Aleksander Čeferin, patron de l'UEFA, empoche autour de 3 millions annuels. Giancarlo Abete, ancien président de la Fédération italienne, disait qu'un salaire de plus de 500 000 euros était déjà excessif.

La question qui irrite les observateurs ? Elle est simple et implacable. Comment justifier une telle disproportion quand le monde du football professionnel parle sans cesse de durabilité, de responsabilité sociale, d'équilibre des comptes ? Les ligues nationales serrent les boulons, les clubs doivent respecter des fair-play financiers, et pendant ce temps, le patron de la maison mère encaisse presque 30 millions comme si les règles ne s'appliquaient qu'aux autres. C'est une forme de cynisme institutionnel qui laisse les observateurs abasourdis.

Infantino justifie aussi ses émoluments par les primes de performance liées aux succès des coupes du monde organisées sous son mandat. Le Qatar 2022 a généré des records. Le Mondial 2026 en Amérique du Nord s'annonce colossal. On comprend dès lors qu'une partie du salaire soit indexée sur ces succès commerciaux. Mais à partir de quel moment la rémunération devient-elle déraisonnable, même pour une success story ?

Que dit vraiment le rapport financier de la FIFA ?

Le rapport annuel, rendu public comme l'exige la législation suisse pour les organisations à but non-lucratif, détaille les émoluments du directeur général Mattias Grafström (environ 4 millions de dollars), des secrétaires généraux, et bien d'autres cadres. Mais Infantino caracole devant tous. Et contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, ce n'est pas une surprise totale : son contrat de 2016 a déjà été renouvelé, et les médias spécialisés du football en parlaient régulièrement. Pourtant, le chiffre exact a de quoi surprendre chaque année quand il devient officiel.

Ce qui intrigue davantage ? La composition de ce salaire. On y trouve le traitement de base, bien sûr, mais aussi des primes de performance, des allocations, des compensations pour frais de déplacement et autres accessoires qui transforment progressivement une paie en empire personnel. Transparence formelle, oui. Clarté morale, beaucoup moins. Les contributeurs à cette richesse—les fédérations nationales, les supporters qui achètent les tickets, les diffuseurs qui paient les droits—n'ont jamais eu leur mot à dire sur cette distribution des revenus.

L'UEFA avait tenu à une certaine discrétion lors du passage de Čeferin à la présidence. Ici, la FIFA assume pratiquement sans frémir. Infantino sait qu'avec une assemblée générale où les votes sont décidés par les délégations nationales (souvent des gouvernements ou des dignitaires locaux peu enclins à se battre pour l'éthique), il n'y aura jamais de véritable rebellion. Le système fonctionne, et il en est le bénéficiaire premier.

Quel avenir pour la gouvernance de la FIFA ?

Infantino brigue un nouveau mandat. Les élections sont prévues en 2027, et nul ne doute sérieusement qu'il soit réintégré. Pourquoi ? Parce qu'il a les résultats. Les revenus explosent. Les coupes du monde se vendent comme jamais. Les sponsors affluent. Aux yeux des fédérations nationales, c'est un succès, même s'il y a un prix politique et moral à payer. Et ce prix, ce sont les autres qui le paient : les joueurs dont les calendriers explosent, les clubs surendettés, les amateurs qui considèrent le foot comme un bien d'abord commun, pas une marchandise.

Mais quelque chose bouge. Les critiques du Mondial à 48 équipes, des calendriers dingues, des compétitions privatisées ont grandi au cours des derniers mois. Les syndicats de joueurs commencent à crier. Les clubs les plus puissants ont des réticences. Et une institution internationale qui paye son boss 29 millions dollars par an pendant que le football de base crève de faim dans des dizaines de pays, ça devient indéfendable à long terme.

La question n'est donc pas tant comment Infantino peut toucher une telle somme—il en a contractuellement le droit. La vraie question est : pour combien de temps encore la communauté footballistique tolérera-t-elle cette concentration du pouvoir et de la richesse au sommet ? Les prochaines élections de la FIFA ne seront pas une partie de plaisir, même si le Swiss Smile d'Infantino suggère le contraire. Le football change, l'argent devient de moins en moins invisible, et à un moment ou à un autre, on doit rendre des comptes. Même quand on préside une association à but non-lucratif.

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