Le président de la FIFA s'est vu refuser un traitement de star lors de son passage au Canada. Un affront diplomatique qui expose les limites du pouvoir de Gianni Infantino.
Gianni Infantino ne peut pas s'habituer à essuyer des refus. Le président de la FIFA, celui qui rêve de briller sous les projecteurs mondiaux, celui qui imagine la Coupe du monde tous les deux ans et redessine le foot à sa guise, s'est heurté à une porte fermée au Canada. Et elle n'a pas bougé. Global BC News rapporte que les autorités canadiennes ont purement et simplement refusé d'accorder les privilèges diplomatiques demandés par la Maison Infantino lors de son passage sur le territoire fédéral.
L'épisode pourrait sembler anecdotique aux yeux du profane. C'est mal comprendre le fonctionnement des sommets internationaux. Quand un homme comme Infantino demande un traitement de faveur — généralement une immunité temporaire, une dispense de droits de douane ou des facilités d'accès — c'est qu'il estime son statut au-dessus des lois ordinaires. Or le Canada a dit non. Catégorique. Aucun passe-droit, aucune exception, aucune trace de la prestance supposée du mandarin genevois.
Il y a quelque chose d'éminemment symbolique dans ce refus. Depuis qu'il préside la FIFA en 2016, Infantino s'est comporté comme un souverain du football mondial, accordant des audiences, imposant sa vision, jouissant de l'aura que confère le contrôle de la Coupe du monde. Il voyage en jet privé, il prononce des discours enflammés dans les stades, il est photographié aux côtés des plus grands leaders. Son sourire bienveillant est devenu le tampon officiel du football international.
Quand le Canada rappelle l'ordre au parrain du foot
Ottawa n'a pas cédé face à la demande. Et voilà un président de fédération internationale confronté à une vérité basique : il ne gouverne qu'un sport, pas un État-nation. La différence que le Suisse de 54 ans semble parfois oublier.
Ce n'est pas la première fois qu'Infantino se pose en homme au-dessus des règles communes. Ses dépenses de la FIFA sont devenues légendaires dans les milieux du sport business — des hôtels cinq étoiles, des délégations pléthoriques, des conférences organisées aux quatre coins du globe où son passage revêt les apparences d'une tournée présidentielle. Mais avoir une vision grandiose du football et imposer cette vision aux gouvernements, c'est deux poids deux mesures.
Le Canada, qui a accueilli la Coupe du monde féminine en 2015 puis coorganisé celle de 2026 avec les États-Unis et le Mexique, connaît bien Infantino. Les négociations pour les droits de diffusion, les conditions d'accueil des délégations, les arrangements logistiques — tout cela passe par des équipes qui ont dialogué avec le château fort genevois. Mais accorder des privilèges diplomatiques ? Non, une ligne rouge que les Canadiens ne sont pas disposés à franchir. Même pour la FIFA.
Selon nos informations, cette visite était destinée à consolider les relations avant la phase finale de 2026, un événement qui devrait rapporter des milliards à l'instance. Infantino aurait tenté de peser de tout son poids politique. Le Canada a répondu par le silence administratif, la forme la plus froide du refus.
L'image tarnished du patron genevois
Cette anecdote nord-américaine s'inscrit dans un contexte d'accumulation. Depuis trois ans, Infantino fait face à des critiques croissantes sur la gestion de son organisation. Des audits pointent des dépenses opacifiées, des millions versés à des consultants externes qui n'ont fourni aucun livrable tangible, des investissements hasardeux dans des projets qui n'ont jamais vu le jour. Les chaînes de télévision ont souvent questionné ces pratiques. Les gouvernements, eux, les observent.
Le refus canadien ressemble à un symptôme d'une maladie plus large. Infantino jouit d'une autorité considérable dans le monde du football, mais cette autorité s'érode lorsqu'elle quitte le terrain. Face aux États, face aux institutions multilatérales, face aux médias d'investigation, elle pèse soudain bien peu. Le Suisse a compris que sa capacité à diriger une fédération de sport ne lui confère aucun droit divin.
Quelques chiffres pour situer l'enjeu : la FIFA avait un revenu de 4,12 milliards de dollars sur le cycle 2019-2022. Pour 2023-2026, les projections dépassent les 5 milliards. Ces montants pharaoniques avaient habitué Infantino à une certaine forme de déférence. Les gouvernements qui rêvent de Coupes du monde cherchaient ses faveurs. Mais la dynamique change. Le Canada, comme d'autres avant lui, teste les limites.
Le prestige contre la réalité
Infantino devra apprendre à voyager comme les autres. Pas de dérogations, pas d'exceptions, pas de passe au-dessus des lois. C'est trivial pour un citoyen ordinaire. Pour un homme habitué à diriger depuis son bureau un univers de 211 fédérations nationales, c'est une réalité de crise d'identité.
Le refus canadien est aussi une leçon politique. Les gouvernements commencent à vraiment regarder qui contrôle le football international et comment. Ils examinent les finances, les contrats, les arrangements opaques. Ottawa a simplement choisi de dire tout haut ce que d'autres pensent bas : non, la FIFA n'est pas au-dessus des institutions.
Infantino aura du mal à digérer ce camouflet. Son empire de 8 000 salariés répartis entre Zurich et les antennes régionales continue de fonctionner, mais les fissures s'élargissent. La Coupe du monde 2026 sera un test majeur. Si le Canada et ses partenaires nord-américains parviennent à imposer leur cadre sans plier face aux exigences de la FIFA, d'autres gouvernements suivront. Infantino restera le patron du football. Mais il ne sera plus l'homme qui déjeune au-dessus des lois.