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Football

Infantino se moque de l'Italie et crée un incident diplomatique

Par Thomas Durand··4 min de lecture·Source: Footmercato

Le président de la FIFA a ironisé sur l'absence de la Squadra Azzurra au Mondial. Rome réagit au quart de tour. Un pas de trop pour le patron du football mondial.

Infantino se moque de l'Italie et crée un incident diplomatique

Gianni Infantino a commis une erreur de communication dimanche dernier. Le président de la FIFA n'aurait jamais dû charrier l'Italie sur son absence au Mondial qatari. Trois mots sortis de sa bouche, ou presque, et les voilà qui remontent jusqu'à Rome comme une onde de choc.

Ce qui s'est passé n'est pas anodin. Lors d'une intervention publique, Infantino a laissé échapper des remarques ironiques à propos de la non-qualification de la Squadra Azzurra. Pour qui connaît le football italien et son rapport viscéral à la compétition mondiale, c'était jouer avec le feu. L'Italie, quatre fois championne du monde, largement double championne d'Europe, ne rate pas la Coupe du Monde sans un sentiment de tragédie nationale.

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Les autorités italiennes encaissent mal. Très mal, même. Selon nos informations, l'ambiance est montée de plusieurs crans au sein des fédérations de football transalpines et auprès des ministères concernés. On parle de manque de respect, d'inapproprié venant du sommet de la gouvernance mondiale du sport.

Pourquoi un dirigeant n'a-t-il pas le droit de plaisanter sur les équipes nationales?

Infantino ne peut pas ignorer les codes. Un président de la FIFA n'est pas un commentateur sportif ordinaire. Il représente une institution. Il arbitre les conflits. Il incarne la neutralité. Quand il se permet des commentaires moqueurs sur une nation, il endosse involontairement le rôle du juges partial. C'est là que réside le problème.

L'Italie ne rate pas le Mondial tous les quatre ans. C'est un événement exceptionnel qui ne s'était pas produit depuis 1958. Cette génération italienne, celle de Roberto Mancini, avait ramené l'Euro à la maison en 2020 avec un tennis magnifique. Elle s'apprêtait à conquérir le Qatar. Et puis voilà: éliminée en barrage par la Macédoine du Nord. Un coup d'épée dans l'eau pour les Italiens. Un moment de crise nationale que Rome n'a pas digéré.

Infantino, lui, devait le savoir. Le foot italiens'incarne dans ce qu'on appelle l'orgoglio, la fierté. Piétiner cette fierté, même avec ironie, revient à réveiller un sentiment de vengeance. Rome n'oublie rien. Et c'est particulièrement vrai quand il s'agit d'humiliations perçues comme gratuites.

À 52 ans, Infantino a suffisamment d'expérience pour comprendre que la plaisanterie sortant de sa bouche n'est jamais neutre. Elle est politisée d'emblée. Elle porte le poids de sa fonction. Les journalistes italiens ont relevé, les parlementaires se sont exprimés. La fédération italienne a dû mettre de l'eau dans son vin pour ne pas escalader davantage.

Quels précédents montrent que la FIFA doit rester en retrait sur ce terrain?

Infantino a succédé à Sepp Blatter en 2016. L'ancien patron avait lui aussi commis des bavures communicationnelles. Mais les temps ont changé. La FIFA opère désormais dans un cadre de plus en plus scruté, critiqué, contesté. Les réseaux sociaux amplifient chaque parole malencontreuse. Les fédérations nationales ne sont plus des simples affiliées: ce sont des acteurs politiques.

Regardez le match Suisse-Serbie lors du dernier Mondial. Quand un arbitre sifle un but refusé, c'est une polémique technique. Mais quand un président rit du malheur d'une nation, c'est une insulte. La ligne est fine. Les précédents montrent que la FIFA doit se tenir scrupuleusement neutre, surtout dans ses remarques off-the-cuff.

L'affaire révèle aussi autre chose: la tension latente entre le siège de Zurich et les grandes fédérations. Rome n'a jamais accepté d'être tutoyée par Infantino. L'Italie représente un tiers des revenus de la Ligue des champions. Elle pèse dans les votes de la FIFA. Elle n'entend pas être traitée en enfant de choeur à qui on fait la morale.

Comment cette tension affecte-t-elle la crédibilité d'Infantino avant l'élection?

Infantino brigue un nouveau mandat à la tête de la FIFA. Le timing de cette bourde est mauvais. Les fédérations nationales votent. Et Rome, malgré ses déboires sportifs récents, reste une voix puissante au sein des assemblées générales de la FIFA. L'Italie peut mobiliser les fédérations européennes contre un président qui les méprise à peine voilé.

Selon l'entourage du président de la fédération italienne, cette affaire sera évoquée lors des discussions concernant le soutien du football italien à Infantino. Ce n'est pas une menace explicite, mais un avertissement. Clarifier. S'excuser, peut-être. Montrer du respect.

Infantino a bâti sa présidence sur l'idée d'une FIFA plus juste, plus progressive. Il a doublé la prime de la Coupe du Monde féminine. Il a étendu le Mondial à 48 équipes. Mais il commet la même erreur que ses prédécesseurs: oublier que la fonction empêche la légèreté. Chaque phrase doit être pesée.

L'Italie souhaitait tourner la page du fiasco qatari. La fédération préparait tranquillement la qualification pour l'Euro 2024. Et voilà qu'un président de la FIFA la ramène sur le devant de la scène, non pas pour des raisons sportives, mais parce qu'il n'a pas su tenir sa langue. Les Italiens vont s'en souvenir quand il faudra lever la main pour voter.

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