L'AS Roma relance son offensive pour Mason Greenwood en contactant directement Frank McCourt. Les négociations s'annoncent épineuses avec l'OM, qui refuse de brader son attaquant anglais.
Depuis le printemps, l'AS Roma revient à la charge. Frank McCourt, propriétaire de l'Olympique de Marseille, a reçu un appel de la Louve romaine. Le sujet? Mason Greenwood, l'ailier anglais qui a illuminé la Ligue 1 depuis son arrivée en Provence. Ce contact direct entre Rome et Marseille révèle bien plus qu'une simple velléité de marché: il expose la nature réelle d'une négociation complexe où le prestige du joueur, les ambitions des clubs et les réalités financières s'entrelacent dangereusement.
Pourquoi Roma se brûle à nouveau pour Greenwood?
Daniele De Rossi, l'entraîneur romain, a probablement pesé de tout son poids dans cette démarche. Greenwood représente le profil idéal pour raviver une attaque romaine qui tourne au ralenti depuis des années. En seulement une saison à Marseille, l'ancien ailier de Manchester United s'est imposé comme l'une des figures montantes du football français: 17 buts et 5 passes décisives en Ligue 1, une efficacité glaciale qui contraste avec la médiocrité générale de l'effectif phocéen.
L'intérêt de Roma n'est donc pas surprenant. À 22 ans, Greenwood possède cette rare combinaison de potentiel encore intact et de régularité immédiate que les grands clubs recherchent désespérément. Pour la Roma, qui sort d'une saison chaotique terminée à la septième place en Serie A, il incarne la promesse d'une reconstruction ambitieuse. De Rossi sait que sans renforts offensifs d'envergure, l'équipe romaine restera coincée au cœur du peloton.
Mais au-delà de l'aspect sportif, cet appel à McCourt traduit aussi une certaine logique de marché: contourner les intermédiaires, parler directement aux décideurs. C'est une tactique que pratiquent les grands clubs quand ils sentent une opportunité sérieuse. Or, pour que Roma se permette cette approche directe, il faut qu'elle dispose des moyens financiers correspondants et qu'elle pressentisse une ouverture.
Marseille peut-il vraiment garder son trésor?
Ici réside la vraie tension. Marseille, sous la direction de Pablo Longoria, a investi massivement dans le projet Greenwood l'été dernier. Le joueur a signé un contrat long, un pari stratégique sur sa rédemption après un long purgatoire à cause des accusations qui ont pesé sur lui. L'OM a pris ce risque quand d'autres clubs hésitaient. Longoria a misé sur la capacité du projet à transformer un talent gâché en arme redoutable.
Un an plus tard, le calcul s'avère gagnant. Greenwood a validé le pari marseiliais en devenant indispensable. Mais ce succès crée précisément le problème: aux yeux des grands clubs européens, le joueur devient transférable. C'est le paradoxe de tout projet sportif qui fonctionne. Marseille doit maintenant défendre un atout qu'il a lui-même créé et valorisé.
Les Phocéens n'ont toutefois aucune raison d'accepter une offre basse. Le marché des ailiers a explosé ces dernières années: la barre des 50 millions d'euros pour un profil confirmé s'est devenue une norme, sinon un plancher. Greenwood, lui, possède une marge d'amélioration manifeste. Un club comme Roma, malgré toute sa gloire historique, ne peut pas imposer ses conditions au marché français, et Marseille le sait pertinemment.
Comment cette bataille peut-elle se conclure?
Trois scénarios prennent forme. Le premier, le plus improbable: Greenwood reste à Marseille et poursuit sa reconstruction. Pour cela, il faudrait que l'OM propose à son joueur une perspective sportive suffisamment séduisante et que le club romain abandonne sa quête. Peu probable, sachant que Rome dispose de ressources et que l'appel à McCourt indique une volonté affichée.
Le deuxième scénario: un accord intervient, mais à un prix élevé, certainement supérieur à 60 millions d'euros. Rome y consent parce qu'elle considère Greenwood comme central pour son projet triennal. Marseille peut alors basculer cet argent vers des renforts ciblés, même si structurellement, la vente d'un si bon joueur à un prix élevé crée toujours un vide difficile à combler.
Le troisième, un intermédiaire. D'autres clubs entrent en danse, créant une surenchère. Greenwood devenant l'un des rares vrais talents de Ligue 1 à disposition, des écuries anglaises pourraient ressentir du regret, voire des clubs allemands ou même espagnols. En ce cas, Roma devra surenchérir ou accepter de voir sa cible lui échapper.
Ce qui rend ce duel fascinant, c'est qu'il incarne une tension fondamentale du football moderne: la capacité des petits à grands clubs à produire de la valeur versus la puissance d'attraction des monstres continentaux. Roma, malgré ses années difficiles, reste une institution. Marseille, malgré sa aisance financière retrouvée, demeure une étape plutôt qu'une destination définitive pour les talents en ascension. Greenwood le sait. McCourt aussi. Et c'est précisément pourquoi cet appel téléphonique ne fermera rien, il ne fera que réveiller une question vieille comme le football lui-même: jusqu'où un club peut-il retenir celui qui devrait aller ailleurs?