Quatre mois après son arrivée, Habib Beye quitte l'OM. Une séparation brutale qui révèle les failles d'une direction en quête de stabilité.
Il y a des divorces qui s'annoncent des semaines à l'avance, et puis il y a ceux qui tombent comme un couperet. Habib Beye connaît maintenant la seconde catégorie. Arrivé en février à Marseille avec la charge de remettre de l'ordre dans une maison en désarroi, l'ancien défenseur de Liverpool s'en va déjà. Quatre mois. C'est le temps qu'aura duré l'expérience phocéenne de celui qui semblait incarner une solution intermédiaire, un homme de transition capable de redresser la barre avant l'été. Sauf que la barre ne s'est jamais vraiment redressée.
Quand la patience marseillaise s'épuise trop vite
On l'oublie trop souvent : Habib Beye a hérité d'une équipe en miettes. Pas de miettes de gâteau, non — des miettes de projet. Lorsqu'il a posé ses bagages à la Commanderie, l'OM était sorti de ses gonds après le départ de Gérard Lopez et les turbulences sportives qui ont suivi. Le vestiaire murmurait. Les résultats criaient. Et puis il y a eu cette promesse implicite : un homme chevronné, quelqu'un qui connaît le football français comme sa poche, quelqu'un qui a traîné ses crampons dans les plus grands stades d'Europe — voilà qui devrait calmer le jeu.
Sauf que le football, c'est comme un mariage arrangé à la dernière minute : il y a des chances que ça explose. Et ce n'est pas comme si personne ne l'avait vu venir. Les objectifs fixés dès février, c'était un euphémisme pour dire « il faut au moins finir dans les trois ». L'OM, pour rester dans le coup, devait empocher au minimum 35 points avant le terme de la saison régulière. Beye ne les a pas trouvés. Les résultats se sont éternisés dans la médiocrité, naviguant entre des victoires anesthésiantes et des défaites qui agaçaient les ultras comme des moustiques en juillet.
Voilà le vrai scandale : pas un départ précipité, mais un départ qu'on aurait pu éviter en réfléchissant deux secondes au moment du recrutement. Car une question hante maintenant les bureaux de la Canebière — celle qu'on aurait dû se poser en février : pourquoi Habib Beye, justement ? Pourquoi cet entraîneur qui n'avait jamais porté le poids d'une équipe de Ligue 1 ? Ses expériences précédentes — quelques missions en Afrique du Sud, en Asie — n'étaient pas exactement le CV idéal pour piloter un club de l'envergure de Marseille.
Le refus du consensus ou le début de la fin
Là où l'histoire devient piquante, c'est que Beye n'a pas cédé aux pressions. Pas de coups bas. Pas de négociations. L'entraîneur ne voulait tout simplement pas continuer — ou alors pas aux conditions que l'OM envisageait pour son maintien. Était-ce une question d'amour-propre ? De lucidité ? Probablement un mélange des deux. Un coach qui regarde les chiffres, qui voit ses équipes ne pas répondre à l'appel, qui sent que quelque chose s'est brisé entre lui et les effectifs, celui-là préfère partir plutôt que de traîner les pieds jusqu'à la fin.
Ce qui fascine dans cette affaire, c'est la décision unilatérale de la direction. Pas de négociation de sortie digne, pas de contrat réajusté pour donner une chance supplémentaire — non, juste un « c'est terminé » sec et sans tremolo. Cela ressemble à de la gestion d'urgence. Cela sent l'improvisation. Et cela pose la question la plus inconfortable : où était la gouvernance quand il fallait décider d'engager un entraîneur en plein cœur de saison ?
L'OM traverse une zone de turbulences structurelles depuis des mois. Les changements de direction, les promesses non tenues, les projets éternellement reportés — tout cela crée un vide où l'instabilité prospère comme du lierre sur un mur humide. Beye en a senti les vibrations. Les joueurs aussi. Et après quatre mois, chacun a tiré la conclusion logique : ça ne collait pas.
Et maintenant ? Le vrai test commence
Reste à savoir ce qui vient après. Marseille aura besoin d'un entraîneur pour les dernières semaines de la saison — et pas un homme de transition, cette fois. Il faut quelqu'un capable de redémarrer le moteur, pas de le bricoler. Quelqu'un qui comprend que les vestiaires phocéens ne pardonnent pas l'improvisation. Les ultras du Virage Sud le savent, les journalistes de la Canebière aussi.
Le départ de Habib Beye, au-delà des résultats qu'on pourrait énumérer sans fin, c'est surtout l'aveu que le pari était mal pensé dès le départ. Et que l'OM, encore une fois, se retrouve à chercher ses repères. La fenêtre de mercato estival approche. La direction devra faire ses preuves en matière de continuité. Sinon, le cycle infernal — recrutement précipité, échec prévisible, départ — continuera de tourner. Et Marseille, qui devrait briller à cette période de l'année, restera bloquée dans une spirale de médiocre gestion.