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Scaloni - l'Argentine refuse le dogme, même qualifiée

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Footmercato

Avant d'affronter la Jordanie, le sélectionneur argentin livre sa vision d'un football sans recette unique. Un message philosophique qui dépasse largement le simple match de poule.

Scaloni - l'Argentine refuse le dogme, même qualifiée

Lionel Scaloni n'a pas dit : « Nous sommes déjà qualifiés, donc... » Non. Il a dit quelque chose de bien plus intéressant, quelque chose qui révèle comment on pense au football quand on a déjà gagné le plus beau des trophées. L'entraîneur de l'Argentine refuse l'idée que la qualification automatique impose une façon de jouer, une unique vérité tactique, un seul chemin vers la victoire.

Avec deux succès en trois matches, face à l'Algérie puis à l'Autriche, la sélection albiceleste est mathématiquement assurée de poursuivre son aventure à la Coupe du Monde 2026. La dernière rencontre de poule contre la Jordanie, vendredi, ne change rien au classement de facto. Mais Scaloni refuse cette logique du confort, celle qui pousse tant de coaches à faire tourner, à lâcher prise, à gérer. Lui, il vient te dire : il n'existe pas une seule façon de gagner.

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Un message qui dépasse le football

C'est révélateur de la maturité d'un entraîneur qui a remporté la Copa América en 2024 et qui sait que les certitudes tactiques sont des prisons. Scaloni a compris, probablement mieux que beaucoup de ses pairs, que le football moderne n'obéit pas à une recette universelle. Il y a ceux qui gagnent en dominant le ballon à 65 %. Il y a ceux qui triomphent en le cédant à 40 %. Il y a ceux qui utilisent des latéraux offensifs, ceux qui jouent les pistons. Ceux qui construisent de l'arrière, ceux qui frappent d'emblée sur les transitions.

L'Argentine, elle, a gagné le Mondial 2022 en étant capable de tout faire. Défendre avec les dents quand il fallait. Jouer vite quand l'occasion se présentait. Construire patiemment quand le match l'exigeait. Messi n'était qu'un des éléments, pas une solution magique. Ce que Scaloni a bâti, c'est une équipe capable de s'adapter, de reconnaître les contextes, de lire le football comme un livre dont chaque match réécrit les chapitres.

Quand il dit qu'il n'existe pas une seule façon de gagner, le sélectionneur argentin parle aux jeunes qui regardent. Il dit : ne soyez pas prisonniers d'une vérité affichée au mur du vestiaire. Il parle aussi aux décideurs, aux fédérations qui changent d'entraîneur tous les dix-huit mois parce que l'équipe n'a pas joué comme prévu. Il rappelle que la flexibilité mentale compte autant que la perfection tactique.

L'Argentina de Scaloni, école permanente

Depuis son arrivée en 2018, Scaloni a transformé une équipe que beaucoup croyaient usée en force de reconstruction. Au moment où il prend les rênes, l'Argentine sort d'une Coupe du Monde 2018 décevante, d'une Copa América 2019 perdue en final contre le Brésil. Les blessures arrivent. Les frustrations aussi. Mais cet entraîneur a choisi de construire progressivement, sans paniquer, sans suivre les modes du moment.

Il y a une certaine insolence tranquille chez Scaloni. Pas d'arrogance, non — une insolence basée sur le savoir-faire. Quand on a remporté une Copa América à domicile avec une équipe régénérée, quand on a ramené le Mondial en Argentine après 36 ans d'attente, tu peux te permettre de dire au monde : « Écoutez, il n'y a pas qu'une vérité. » Ses chiffres parlent : depuis 2021, l'Argentine n'a perdu que deux matches en quarante-sept rencontres. Deux défaites en deux ans et demi. C'est la signature d'une équipe qui n'a pas de failles structurelles, juste des jours sans.

Cette phrase sur les différentes façons de gagner, elle survit à la Coupe du Monde. Elle survit aux résultats. Elle devient un principe pédagogique. À quoi bon dominer un match si on perd ? À quoi bon posséder le ballon à 68 % si l'adversaire met les balles aux endroits qu'il faut ? L'Argentine de Scaloni a appris à penser différemment le succès. Et cette leçon-là, elle la porte avec elle en 2026.

La Jordanie, dernière page d'un cycle

Affronter la Jordanie en tant qu'équipe déjà qualifiée, c'est la dernière tuile d'une mosaïque de phase de poule. Scaloni disposera de soixante minutes pour tester, explorer, laisser jouer celui qui n'a pas eu sa chance ou qui revient de blessure. Mais il le fera sans abdication mentale. Ce match aussi sera une opportunité de vérifier que l'équipe peut changer de système sans changer d'âme.

Il y a une arrogance discrète à refuser la facilité du repos. À dire : non, nous allons jouer, nous allons chercher à gagner, non pas parce que les points changent quelque chose, mais parce que c'est comme ça qu'on progresse. Chaque match est un laboratoire. Chaque adversaire, une occasion d'apprendre. Même la Jordanie. Même quand c'est déjà plié.

Les prochains mois verront l'Argentine affronter les phases éliminatoires. Les vrais tests arrivent. Mais avant cela, Scaloni aura donné une leçon de philosophie : il n'existe pas qu'une seule façon de gagner. Il y a celle qu'on invente en chemin.

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