Face à une République Démocratique du Congo guerrière, les Three Lions ont dû s'en remettre à Harry Kane pour s'imposer 2-1. Le buteur anglais confirme son statut de patron.
Voilà comment on reconnaît les grands attaquants. Quand tout s'écroul autour de vous, quand le plan de jeu ne fonctionne pas, quand l'adversaire vous étouffe à la gorge, il reste une solution : Harry Kane. L'Anglais l'a rappelé dimanche soir en signant un doublé face à la République Démocratique du Congo, offrant aux Three Lions une victoire 2-1 à la fois laborieuse et précieuse. Pas un match de prestige, non. Plutôt le genre de rencontre qui montre qu'une équipe a vraiment quelque chose dans le ventre.
Car soyons clairs : personne ne voyait ce piège-là arriver. L'Angleterre en déplacement en Afrique centrale contre une sélection sans grande réputation ? Les bookmakers avaient tranché. Les Three Lions auraient dû contrôler, gérer, ronronner vers une victoire tranquille. Au lieu de ça, pendant soixante minutes, la formation de Gareth Southgate a ressemblé à une équipe en crise. Mal organisée. Défensivement fragile. Incapable de trouver le rythme. Les Congolais, eux, jouaient avec une envie de fou, pressurant haut, récupérant des ballons, créant des situations. Une vraie morsure dans cette première période où l'Angleterre subissait plus qu'elle ne dominait.
Kane, toujours quand il faut
À quoi sert un attaquant de classe mondiale sinon à ces moments précis ? Kane a d'ailleurs ouvert le score à la 31e minute, reprenant une action confuse devant le but après une débandade anglaise. Pas du jeu construit, pas du mouvement orchestré par Phil Foden ou Bukayo Saka. Non, un coup heureux, un opportunisme de prédateur, la capacité à être au bon endroit au bon moment. C'est ça, la vraie marque de fabrique des buteurs d'élite. Pas forcément le plus beau football, mais le football qui compte.
La République Démocratique du Congo n'a pas lâché pour autant. Elle a égalisé avant la pause, sonnant l'alarme à Wembley. Soudain, le scénario du doublé catastrophe devenait possible. Les réseaux s'affolaient. Les critiques enfournaient déjà les munitions pour canarder Southgate. Quand tu sèmes l'incertitude, tu récoltes la panique.
Mais Kane, lui, ne s'était pas vraiment inquiété. À la 74e minute, il a frappé son deuxième but, définitif celui-là, reprenant un centre. Deux buts, deux finitions différentes, deux moments de match opposés : voilà un résumé de sa carrière. 29 sélections pour 16 buts cette année. Le gars ne rate pas une occasion d'enfiler le costume du sauveur. Et pendant ce temps, sur X, les supporters anglais qui transpiraient à grosses gouttes dix minutes plus tôt retrouvaient le sourire. C'est fou ce qu'un doublé peut accomplir sur la psychologie collective d'une nation.
Quand le talent brut sauve ta soirée
Ce match a révélé quelque chose d'important sur cette équipe d'Angleterre actuelle. Elle n'a pas la cohésion d'un collectif rôdé, pas encore du moins. Elle s'appuie énormément sur ses talents individuels, et franchement, Kane en est le cristalliseur principal. À 31 ans, l'ancien buteur de Tottenham Hotspur prouve qu'il a conservé cet instinct de tueur que peu de joueurs possèdent. Il y a une hiérarchie naturelle qui s'établit sur le terrain, et Kane rappelle régulièrement qui elle est.
Saka et Foden, pourtant excellents, sont restés discrets cette fois-ci. Le milieu de terrain n'a pas imposé son autorité comme à l'accoutumée. La défense a tremblé. Mais Kane a joué son rôle. Un rôle simple en apparence — marquer des buts — mais qui demande une exécution précise, une lecture du jeu, une sérénité que tout le monde ne possède pas. C'est à cela qu'on juge un attaquant : pas au nombre de touches de ballon ou aux passes décisives, mais à la froideur avec laquelle il termine ses occasions. Kane l'a encore prouvé.
L'Angleterre doit vite se réveiller
Reste que Southgate ne peut pas se satisfaire de cette performance. Deux buts de son attaquant vedette n'effacent pas les 75 premières minutes où son équipe a ressemblé à un navire sans gouvernail. L'Angleterre a le potentiel pour mieux faire. Foden, Saka, Declan Rice, James Maddison — la génération dorée des Three Lions peut fonctionner différemment. Mais pour cela, il faut une organisation tactique plus solide, une compréhension collective de ce que le sélectionneur attend.
Ce qui est sûr, c'est que Kane restera l'ancre. Tant que le génie anglais pointera du doigt vers lui, l'Angleterre aura une dernière bouée de sauvetage. Mais des matchs comme celui-ci, face à des adversaires supposément plus faibles mais qui viennent déranger, ça dit quelque chose : l'Angleterre doit se resserrer, travailler, construire une véritable identité collective. Kane ne pourra pas éternellement être celui qui porte la croix à lui tout seul.
Pour l'instant, on se contente de cette victoire 2-1 glanée de haute lutte. Les Three Lions ont changé de dimension pour la deuxième mi-temps, ont trouvé le chemin du but quand il le fallait, et repartent avec trois points. Kane a rappelé pourquoi on lui confie le brassard et les attentes d'une nation. À 31 ans, il n'a pas perdu une miette de son efficacité meurtrière. Difficile d'imaginer l'Angleterre sans lui dans les prochains mois.