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Football

Aubameyang, l'énigme marseillaise de Genesio

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Après une première saison à l'OM écourtée, Pierre-Emerick Aubameyang pourrait rester sous les ordres de Bruno Genesio. Une décision qui cristallise les tensions entre ambitions et réalités économiques.

Aubameyang, l'énigme marseillaise de Genesio

Bruno Genesio tient à ses principes, ou du moins à ses attaquants. Lors de la conférence de presse précédant le déplacement à Nice, l'entraîneur de l'Olympique de Marseille a glissé une phrase qui résonne comme une déclaration d'intention : il souhaite conserver Pierre-Emerick Aubameyang pour la saison 2024-2025. C'est peu dire que cette envie contrarie la trajectoire prévue, celle d'un buteur qui avait quitté le Vélodrome l'été précédent après une unique campagne, celle de 2023-2024, marquée par une forme capricieuse et des regrets tenaces.

Le contexte rend cette aspiration aussi audacieuse que l'a toujours été Aubameyang lui-même. L'international gabonais avait débarqué à Marseille libre de tout contrat, un transfert zéro qui correspondait aux réalités budgétaires du club phocéen, mais aussi aux envies du joueur de trouver un projet stimulant après son passage moins convaincant à Barcelone. Sauf que rien n'a vraiment décollé comme prévu. Dix buts en trente-trois matchs en Ligue 1, c'est honnête pour un attaquant, mais dans le contexte marseillais, avec les attentes qu'on place autour d'une signature comme celle-ci, c'était insuffisant. Et puis il y a eu cet air de lassitude, ces moments où l'on sentait le joueur ailleurs, pensif, comme si l'aventure ne lui suffisait plus.

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Voilà donc Genesio qui persiste et signe, entendant visiblement exploiter une expérience et un statut de champion d'Afrique plutôt que de recommencer les recherches en attaque. C'est une position surprenante, mais elle mérite qu'on s'y arrête quelques secondes.

Un amour contrarier entre deux fortes personnalités

Que s'est-il vraiment passé lors de cette première saison marseillaise d'Aubameyang ? La réponse est plus nuancée que les chiffres ne le laissent croire. Oui, le buteur a marqué dix fois en Ligue 1, mais il a aussi participé à la dynamique offensive d'une équipe en reconstruction. Genesio, nommé en février 2024, a hérité d'une situation chaotique et d'un effectif patchwork. Aubameyang était déjà là, intégré au collectif tant bien que mal, tantôt décisif, tantôt absent.

Le problème, c'est qu'à Marseille, on attend de ses stars qu'elles transcendent les difficultés, qu'elles portent le projet sur leurs épaules. Aubameyang, malgré tout son talent, ne s'est jamais montré capable de ce leadership absolu. À Arsenal, il dominait. À Barcelone, il était entouré de cadres établis. À l'OM, il aurait dû être le pivot central de l'attaque, et cette responsabilité semblait peser davantage qu'elle ne l'inspirait.

Genesio, homme de convictions tactiques fortes, n'a pas l'habitude de mâcher ses mots. Lui qui a connu des succès à Lyon, qui a remporté des titres en France, sait reconnaître la qualité. Dès sa prise de fonction, il a probablement eu des conversations avec Aubameyang pour comprendre ce qui bloquait, où était la marge de progrès. Et visiblement, il a conclu qu'une deuxième année, sous sa direction complète, pourrait changer la donne. C'est un pari psychologique autant que tactique.

Les obstacles matériels d'une ambition réaffirmée

Reste que souhaiter ne suffit pas à faire revenir. Aubameyang avait bouclé son départ de Marseille en 2024 pour rejoindre l'AS Rome, un club à la stabilité financière supérieure et à l'histoire bien plus flatteuse pour son prestige personnel. Les Giallorossi lui offraient une fenêtre de tir vers les coupes européennes, une ville mythique, une institution. Marseille, c'était repartir à zéro, accepter que l'histoire précédente n'ait pas fonctionné comme prévu.

Le marché des transferts ne fonctionne pas selon les vœux des entraîneurs. Rome, propriétaire des droits du joueur, doit l'accepter, et le Gabon doit y consentir. C'est un triangle complexe où les intérêts sportifs de Genesio risquent de s'écraser contre les réalités économiques et les ambitions personnelles du joueur. Aubameyang à trente-cinq ans, ce n'est plus un investissement long terme, c'est une question de chronologie : où finira-t-il sa carrière ? À Marseille, point de stabilité ? À Rome, en tête d'un grand projet ? Ailleurs encore ?

L'OM, de son côté, doit aussi résoudre l'équation budgétaire. Aubameyang en fin de contrat signifie une possible arrivée libre, certes, mais aussi des salaires à absorber dans un contexte où Marseille surveille sa masse salariale de près. Genesio ne dirige pas l'OM comme on dirige ses finances, et ces deux mondes ne parlent pas toujours la même langue.

L'attaque marseillaise en quête de son visage

Regarder l'OM actuelle, c'est constater qu'il y a une vraie fragilité offensive. Aubameyang, malgré ses limites, offrait une expérience et une présence que peu de joueurs sur le marché peuvent proposer librement. Genesio a aussi Elye Wahi, jeune talent français en épanouissement, et pourrait encore recruter. Mais l'idée d'assembler un puzzle offensif de seconde main, quand on peut conserver une pièce d'expérience, résonne logiquement.

Pour autant, le football n'obéit pas à la logique seule. Il y a la chimie, l'envie, le moment opportun. Si Aubameyang ne brûlait pas de poursuivre à Marseille en 2024, reviendra-t-il en 2025 avec un regain de motivation ? Ou Genesio espère-t-il simplement une seconde chance, celle que tout athlète mérite dans les secondes moitiés de carrière, avant le déclin certain ?

La question restera ouverte tant que les trois protagonistes ne se seront pas assis autour d'une table. Mais ce qui est sûr, c'est que Bruno Genesio vient de montrer une philosophie claire : plutôt que de frétiller sur le marché en quête de l'attaquant miracle, il préfère construire sur les fondations existantes. C'est du management de gourou, ou du pragmatisme. Peut-être les deux.

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