Bruno Genesio débarque à l'OM avec un profil de bâtisseur éprouvé. Mais peut-il vraiment calmer les ardeurs d'une institution qui réclame les trophées maintenant ?
Bruno Genesio s'apprête à vivre l'une de ces expériences qui façonnent une carrière d'entraîneur. Marseille, c'est jamais un poste comme les autres. Mercredi, le club officialise son arrivée et voilà que ça commence déjà : les questions fusent, les doutes s'installent, les espoirs montent aussi. C'est la mécanique habituelle du Vélodrome, cette fabrique de mythes et de désenchantements où chaque mercato ressemble à un poker menteur.
Le technicien lyonnais, 57 ans, arrive avec des états de service solides mais pas flamboyants. Trois montées en Ligue 1 avec Saint-Étienne, une belle aventure à Lyon où il a consolidé le club après le départ de Florian Maurice, puis un passage en Arabie Saoudite avec Al-Riyad qui reste sa vraie carte de visite auprès du président Pablo Longoria. Pas un homme à gros résultats immédiats. Un bâtisseur. Un pédagogue. Presque l'inverse de ce que demande la rue à Marseille quand on regarde les réseaux sociaux à minuit après une défaite.
Le profil du constructeur plutôt que du magicien
À Riyad, Genesio a montré qu'il savait transformer une équipe moyenne en groupe compétitif. Il a travaillé à La Gantoise où il s'est construit une philosophie : valoriser les jeunes, construire du collectif, laisser le temps à l'infrastructure de fonctionner. C'est une vision qui plaît à Longoria, visiblement convaincu que le salut de l'OM passe par un travail structurel plutôt que par des coups de génie isolés.
Mais voilà le hic. Marseille n'a pas attendu dix ans pour la dernière victoire en Coupe d'Europe – c'était en 1993 – en se contentant de projets à long terme. Cette ville a la victoire dans les gènes, ou prétend l'avoir. Didier Drogba a dû quitter après dix-huit mois parce que les résultats n'étaient pas au rendez-vous. Même Rudi Garcia, un champion de Ligue 1, a pataugé. Les supporters de l'OM vivent dans un temps compressé où les semaines ont la longueur de saisons ailleurs.
Genesio sait tout ça. Il a vu Mick van Buren arriver avec des promesses de transformation. Il a observé comment Marseille avale ses entraîneurs quand ils ne gagnent pas assez vite. Son premier test sera crucial : comment gérer un groupe qui vient de terminer troisième avec une armada offensive impressionnante mais une défense poreuse. Comment conserver Pierre-Emerick Aubameyang, qui a marqué 30 buts en 2024 et qui regarde déjà vers d'autres horizons ? Comment intégrer les recrutements estivaux sans perdre l'équilibre ?
Cinq ans d'attente cristallisée en quelques semaines
L'OM sort d'une saison schizophrène : 93 buts marqués en Ligue 1, un bilan offensif de tueuses, mais 72 buts encaissés. Les matchs ressemblaient à des parties de tennis débridée où chacun plantait ses balles sans s'occuper de garder son camp. Genesio devra mettre de l'ordre dans ce chaos créatif. C'est pas une mince affaire quand tes meilleurs joueurs pensent que l'attaque, c'est la meilleure défense.
Depuis la prise de pouvoir de Longoria il y a cinq ans, Marseille a changé quinze fois d'entraîneur. Quinze fois. Genesio représente donc une certaine stabilité supposée, un signal que le président entend mettre fin à ce carrousel hallucinant. C'est aussi un pari : pariera-t-on sur celui-là ? Lui accordera-t-on vraiment le temps qu'il réclame implicitement en ayant ce profil ?
Les premiers matchs seront essentiels pour fixer le ton. Le groupe a besoin de sentir une autorité tranquille, pas un savant fou qui change tout. Genesio a toujours eu ce ton-là : déterminé sans être dictatorial, exigeant sans être brutal. À Riyad, il a développé une approche très moderne du jeu, incluant les données, la biomécanique, l'analyse vidéo pointue. C'est ce qu'il faudra aux Olympiens pour franchir ce palier.
La vraie question : qui vient vraiment faire quoi
Le vrai débat n'est pas Genesio oui ou non. C'est : est-ce que Marseille accepte enfin qu'un projet gagne du temps ? Il y a des clubs où tu peux te tromper trois, quatre fois dans tes choix et rester deux ans. À l'OM, tu dois trouver la clé au premier mois. Genesio le sait. Il a vu ce qui s'est passé avant lui.
Son discours sera probablement sobre à la présentation : pas de promesses de titre immédiat, plutôt un cadre, une vision, une culture de travail. C'est légitime. Mais en parallèle, Longoria doit aussi arrêter ce jeu des chaises musicales. Si Genesio prend une décision concernant un joueur, elle doit tenir. Si un jeune doit être intégré progressivement, il ne doit pas être vendu l'hiver suivant parce qu'une opportunité financière surgit.
L'arrivée de Genesio est donc une démarche politique autant que sportive. Elle dit : nous croyons en la construction. Elle dit aussi : donnez-nous six mois avant de vous plaindre. Pour une institution comme l'OM, c'est presque révolutionnaire.
Les entraînements reprendront dans quelques jours. Genesio verra de ses yeux quel groupe il hérited : les ego, les blessures, les joueurs qui rêvent d'ailleurs, ceux qui vont y croire immédiatement, ceux qui attendront de voir avant de signer le contrat du cœur. Il aura sept, huit semaines avant la première journée. C'est court. C'est aussi l'OM.