Hervé Renard n'aura pas pu inverser la trajectoire de la Tunisie en éliminatoires de la Coupe du Monde 2026. Les Aigles cartonnés par la Suède et le Japon confirmaient leur effondrement.
Hervé Renard, c'est l'homme des missions impossibles. Celui qui a soulevé la Coupe d'Afrique des nations avec la Zambie en 2012, qui a redressé le Maroc jusqu'en demi-finale du Mondial qatari. Sauf que même les grands enchanteurs finissent par rencontrer un adversaire trop puissant : l'inertie collective, l'absence de vrai projet, l'érosion mentale d'un groupe complètement vidé de ses forces.
Pourquoi la Tunisie s'enfonçait-elle avant l'arrivée de Renard?
La sélection tunisienne traversait une crise qui dépassait la simple série de mauvais résultats. Ce n'était pas qu'une question de tactique ou de manque de talent. Les Aigles souffraient d'une maladie plus profonde: l'absence de projet national cohérent, les querelles internes, une fédération en pointillés. Quand on arrive à la table avec ces murs-là, aucun pansement ne tient longtemps, même posé par un Dr. Renard.
Les chiffres parlaient d'eux-mêmes avant sa nomination. La Tunisie, qui avait quand même participé au Mondial 2018 et tenté sa chance en 2022, voyait son groupe éliminatoire lui glisser entre les doigts. Les défaites s'accumulaient, pas tant par manque de courage que par absence de structure. Une équipe livrée à elle-même ressemble à un navire sans gouvernail, peu importe la qualité de ses voiles. Et puis il y avait aussi ce problème classique: les meilleures forces tunisiennes s'expatriaient, jouaient en Europe avec l'énergie qu'on leur connaissait, mais revenaient à la sélection comme des touristes lassés plutôt que comme des conquistadors.
Comment Renard a-t-il pu échouer face à la Suède et au Japon?
Six mois. C'est tout ce qu'on avait donné à Hervé Renard pour transformer une équipe fragmentée en force compétitive capable de tenir face aux grands prédateurs des éliminatoires. La Suède d'abord, qui a enfoncé les Aigles sans pitié. Puis le Japon, plus technique, plus affûté, qui a administré une nouvelle correction.
C'est que face à ces deux adversaires, la Tunisie s'est trouvée confrontée à l'un des pièges du football moderne: l'absence de densité offensive. Quand on n'a pas de buteurs de classe internationale en première ligne et qu'on dépend entièrement d'une construction patient depuis l'arrière, les équipes organisées vous mangent. Renard aurait pu inventer cent schémas tactiques, la réalité physique était là: les joueurs manquaient de tranchant, de cette vitesse d'exécution qui tue les blocs défensifs bien en place.
Il faut aussi noter que le timing était désastreux pour l'expérience. La Tunisie ne pouvait pas se permettre une période d'adaptation. Chaque match comptait comme du poison dans les veines d'une campagne déjà compromise. Renard, qui a toujours eu besoin de temps pour encoder ses idées dans la tête des joueurs, s'est retrouvé en train de jouer au pompier quand il aurait fallu architecte. Les résultats accablants contre la Suède et le Japon ne pouvaient qu'accélérer ce sentiment d'inévitabilité: la Tunisie allait louper la danse.
Qu'aurait-il fallu pour inverser la donne?
Honnêtement, le temps. Et de l'argent. Et peut-être une forme de miracle. Renard aurait eu besoin de dix-huit mois minimum, pas six. Il aurait eu besoin de joueurs offensifs qui ne lui demandent pas de reconstruire chaque action patiemment. Il aurait surtout eu besoin que le reste du groupe—au-delà du travail tactique—retrouve ce qui manquait à la Tunisie: la confiance.
Quand vous êtes battus 4-0 contre la Suède, on ne se remet pas juste en changeant quelques murs dans sa défense. Il y a un plomb d'effondrement mental qui court dans le groupe. Les joueurs commencent à douter avant même d'entrer sur le terrain. Et face au Japon, c'est exactement ce qui s'est reproduit: des défenses léthargiques, des attaques molles, l'absence cette hardiesse qui caractérise les vraies équipes compétitrices.
La tragédie de Renard en Tunisie, c'est que même pour un homme qui a orchestré des sauvetages spectaculaires ailleurs, il y a des situations où le bâtiment brûle depuis trop longtemps. On peut arriver avec les meilleures intentions du monde, le toit s'effondre avant qu'on ait le temps de sortir les meubles.
Cette aventure tunisienne restera peut-être comme l'une des rares échecs de Renard, non pas parce qu'il manquait de talent ou de charisme, mais parce qu'il y avait une incompatibilité fondamentale entre la profondeur de la crise et le peu de temps donné pour la résoudre. Pour 2026, la Tunisie devra trouver bien plus qu'un sauveteur: elle aura besoin de reconstruire son projet de fond en comble.