Hervé Renard franchit un nouveau palier en acceptant de mener la Tunisie à la Coupe du monde 2026. Un choix qui révèle sa philosophie : transformer des sélections en compétiteurs.
Quand on a entraîné le Maroc aux portes de la demi-finale du Mondial 2022, quand on a bâti un empire en Arabie Saoudite, quand on a goûté à l'Élysée avec une Équipe de France en détresse temporaire, le choix de diriger la Tunisie semble à première vue une forme de rétrogradation. Pourtant, l'arrivée d'Hervé Renard sur le banc de la sélection tunisienne pour la Coupe du monde 2026 raconte une tout autre histoire : celle d'un entraîneur qui a compris que le prestige se mesure à la capacité de transcender les limites apparentes.
Pourquoi Renard accepte-t-il ce défi nord-africain ?
La Tunisie n'est pas une puissance établie du football mondial. Elle ne possède qu'une seule qualification en quarts de finale de Coupe du monde, remontant à 1978. Son dernier passage à la phase finale remonte à 2018. Ses ressources financières et infrastructurelles ne rivalisent pas avec les géants européens. Et pourtant, c'est précisément là que réside l'attrait pour Renard.
Cet entraîneur français de soixante-deux ans n'a jamais été du genre à choisir les routes toutes tracées. Sa trajectoire le prouve : champion d'Afrique avec la Zambie en 2012, sauveur de l'Équipe de France en crise en 2015 avant l'Euro, bâtisseur d'une machine marocaine qui terrorisait les favoris européens en 2022. À chaque fois, Renard s'est présenté comme un alchimiste capable de transcender les limitations. La Tunisie, pays de quatre millions d'habitants aux structures nationales fragiles, représente son ultime laboratoire.
Le message qu'il a envoyé à Albert Cartier, ancien entraîneur et ami de longue date, traduit cette philosophie : il n'y a pas d'équipes sans potentiel, seulement des entraîneurs sans vision. Renard sait qu'il dispose d'une base solide avec des joueurs comme Youssef Msakni ou Ellyes Skhiri, évoluant dans les meilleurs championnats européens. Il sait que le foot tunisien, privé d'une véritable direction depuis des années, a soif d'un projet ambitieux. Il sait surtout que transformer cette sélection en candidat crédible pour la phase finale de 2026 serait sa plus belle démonstration.
Comment explique-t-on trois Mondiaux d'affilée pour un même entraîneur ?
Dans le football moderne, être sélectionneur est devenu un poste de précarité assumée. Les attentes sont maximales, les délais réduits, les marges d'erreur quasi inexistantes. Pourtant Renard accumule les mandats successifs auprès de sélections nationales sans interruption majeure depuis 2015. C'est un phénomène rare.
D'abord, il y a l'expérience accumulée. Pas celle des écoles de formation ou des séminaires UEFA, mais celle du terrain instable, des rencontres de haut enjeu face aux meilleures équipes de la planète. Le Maroc 2022 aura appris à Renard comment gérer une montée en puissance progressive, comment construire une identité défensive inébranlable, comment créer une cohésion susceptible de transcender l'absence de talent offensif éclatant. Ces leçons, il les transpose.
Ensuite, il y a sa capacité à créer une relation de confiance quasi paternelle avec ses joueurs. Ceux qui l'ont côtoyé rapportent la même chose : Renard écoute vraiment, il ne crie pas pour le spectacle, il bâtit une philosophie collective plutôt qu'un système fermé. Cette approche humaniste plaît aux fédérations nationales qui voient en lui un garant de stabilité dans l'adversité.
Enfin, le marché des sélectionneurs demeure restreint. Les meilleurs entraîneurs de clubs hésitent à quitter leur confort européen pour une sélection. Renard, lui, a accepté cette réalité : c'est dans la continuité que se forge la légitimité. Trois Mondiaux d'affilée, c'est la preuve qu'il sait construire un projet dépassant les lubies d'une seule campagne.
Qu'attend-on réellement de la Tunisie en 2026 ?
Le simple fait d'être qualifiée pour un Mondial représente déjà une victoire pour cette sélection. Mais Renard ne vise jamais le plancher des vaches. Avec le Maroc, il avait jeté les bases d'une équipe capable de rivaliser avec l'Espagne, l'Allemagne, la France. Avec la Tunisie, son ambition affichée sera clairement d'atteindre au minimum les huitièmes de finale, voire de créer des surprises majeures face aux favoris.
Pour cela, il devra moderniser un football tunisien trop longtemps figé dans des archaïsmes tactiques. Les talents sont présents : ils jouent en Ligue 1, en Serie A, en Bundesliga. Ce qui manquait, c'était un projet cohérent fédérateur. Renard, par son aura et ses précédents succès, incarnera cette cohérence. Si la Tunisie parvient à se qualifier et à jouer un football séduisant en 2026, ce ne sera pas un miracle. Ce sera simplement un entraîneur qui aura fait ce qu'il sait faire : transformer une équipe ordinaire en machine compétitive.
L'histoire de Renard en sélection nationale n'est pas celle d'une succession de postes prestigieux. C'est celle d'une quête permanente : prouver que le talent collectif organisé vaut mieux que le talent individuel désorganisé. En Tunisie, pour la troisième fois consecutive, il va tenter de l'écrire.