Ismaël Bennacer sort du silence après son éviction de la sélection algérienne pour le Mondial. Le milieu de terrain du Milan livre des confidences poignantes sur cette exclusion.
Le silence pèse lourd quand on se voit fermer les portes du rêve. Ismaël Bennacer a attendu avant de parler, mais ce mardi, le milieu de terrain du Milan AC n'a plus tenu. Face à l'absence de son nom sur la liste de Vladimir Petkovic pour la Coupe du Monde, le joueur a craqué publiquement, révélant une blessure plus profonde qu'il n'y paraît.
Quand la sélection algérienne ampute son propre talent
Pour un internationalisé du calibre de Bennacer, être écarté d'une Coupe du Monde ressemble à un exil forcé. L'homme qui a remporté la Copa America avec ses frères algériens en 2019, celui qui a disputé 57 rencontres sous les couleurs nationales, celui qui anime le jeu milanais depuis des années, voilà qu'on le laisse sur le banc de touche de la plus grande compétition mondiale.
Vladimir Petkovic a tranché, et cette décision frise l'incompréhensible pour beaucoup. Bennacer possède cette rareté chez les footballeurs algériens : une vraie régularité européenne au plus haut niveau, une lecture du jeu affûtée, une capacité à faire circuler le ballon sous pression. À Milan, il joue aux côtés de Theo Hernandez et Christian Pulisic. Son absence dans le groupe laisse des questions sans réponses.
Les confidences du joueur ce mardi révèlent une tristesse viscérale, celle qui n'est pas théâtrale mais authentique. Bennacer ne joue pas au martyr médiatisé : il exprime simplement l'effrondrement d'un rêve, l'un des plus importants pour un footballeur professionnel. C'est un vide dans les yeux, une déception trop grosse pour être cachée.
Milan perd un atout, l'Algérie perd une chance
Depuis son arrivée à San Siro en 2018 en provenance d'Empoli pour environ 16 millions d'euros, Bennacer n'a cessé de progresser. Sous les ordres de Stefano Pioli, il s'est affirmé comme un élément charnière du projet milanais, celui qui pose les fondations du jeu offensif rossoneri. Cette saison encore, ses statistiques d'interceptions et de passes réussies ne souffrent aucune comparaison avec ses homologues algériens.
Mais ce n'est pas tant à Milan qu'on regarde. L'Algérie traverse une période de transition après une Coupe du Monde 2022 en Afrique où les Fennecs avaient déçu. Le groupe de Petkovic misait sur un renouvellement, une jeunesse supposée plus dynamique. Le problème : cette jeunesse manque parfois de ce que seul l'expérience européenne peut apporter.
Bennacer représentait ce pont, cette stabilité. Non pas comme une simple belle-mère venue diner, mais comme un élément capable de élever le niveau collectif d'une sélection qui a besoin de sérenité au milieu de terrain. Quarante matches sans victoire en qualifications ? Voilà ce qu'il faut retenir de la dernière campagne de qualification algérienne. Dans ce contexte, écarter l'un de ses meilleurs joueurs ressemble à une amputation volontaire.
Le prix caché d'une exclusion non justifiée
Ce qui rend cette histoire particulièrement amère, c'est la forme. Bennacer n'a pas demandé à être libéré. Il n'a pas choisi cette route de l'absence. Il l'a subie, et les mots qu'il a prononcés ce mardi témoignent de cette impuissance face à une décision administrative.
Pour un footballeur de son calibre, la Coupe du Monde représente l'apothéose d'une carrière. C'est le moment où les meilleurs se hissent encore plus haut, où les bons deviennent éternels. Bennacer, qui a remporté le titre africain il y a quatre ans, qui a prouvé sa fiabilité sur la plus grande scène, se retrouve privé de cette fenêtre d'opportunité par des choix qu'il ne contrôle pas.
Les dégâts psychologiques d'une telle exclusion ne doivent pas être sous-estimés. Comment Bennacer retrouvera-t-il sa concentration maximale à Milan en janvier et février, sachant que le rêve mondial s'est envolé ? Comment ses coéquipiers rossoneri interpréteront-ils cette mise à l'écart ? Dans les vestiaires européens, on comprend vite que quand une fédération abandonne l'un de ses joueurs, il y a souvent une raison.
L'Algérie, elle, perd bien plus qu'un milieu de terrain polyvalent. Elle abandonne des certitudes dans une compétition où chaque détail compte. Petkovic a misé sur un pari. Bennacer, lui, continue d'attendre en silence, blessé par une décision dont seul l'avenir dira si elle aura changé les trajectoires de chacun.