Le patron de la FIFA se paye un tour d'Amérique en jet privé et escorte blindée pour la Coupe du Monde 2026. Un train de vie fastueux qui interpelle.
Deux matches par jour, trois fuseaux horaires, zéro fatigue apparente. Gianni Infantino a trouvé la formule magique pour être partout à la fois durant cette Coupe du Monde 2026 qui s'étale sur le continent nord-américain. Le président de la FIFA ne voyage plus comme un simple spectateur du spectacle qu'il a façonné. Il incarne plutôt la démesure d'un événement sans précédent, avec des moyens qui donnent le tournis.
Pourquoi une présidence en jet privé ressemble à un tour opérateur de luxe?
Depuis que la Coupe du Monde s'est installée chez l'Oncle Sam, Infantino a adopté un mode de déplacement digne des plus grands oligarques. Jets privés à volonté, escortes policières monumentales, hôtels cinq étoiles transformés en quartiers généraux temporaires. Le patron de la Fédération Internationale de Football ne cache plus ses ambitions : transformer cette édition 2026 en une vitrine globale de sa vision, et mieux encore, de sa légitimité.
Les chiffres donnent le vertige. Infantino peut assister à un match à Los Angeles en fin d'après-midi, puis se poser à Mexico City en début de soirée pour un dîner diplomatique. Son agenda ressemble à celui d'un chef d'État en tournée d'État, sauf que contrairement aux présidents, il n'a de comptes à rendre à aucun peuple, seulement à 211 fédérations nationales dispersées dans le monde. Et même là, l'exercice du contrôle reste largement théorique.
Les hôtels lui réservent des étages entiers. Les aéroports le voient arriver par des pistes réservées. Les restaurants étoilés adaptent leurs cartes à ses préférences. C'est moins une présidence qu'une royauté autoproclamée, financée par les droits de diffusion et les contrats de partenariat que sa Maison génère.
Est-ce vraiment compatible avec la mission de développer le football planétaire?
C'est la question qui fâche. Infantino justifie publiquement chaque déplacement en invoquant la nécessité de superviser l'événement, de s'assurer que les standards FIFA sont respectés, de nouer des relations avec les gouvernements hôtes. Sur le papier, c'est plausible. Sur le terrain, ça fait figure d'excuse.
Car pendant que le président surfe sur les nuages entre New York et São Paulo, les questions structurelles restent sans réponse. Comment améliorer l'accès au football dans les zones pauvres quand le leadership suprême de la discipline vit à des années-lumière des réalités du terrain? Comment prêcher l'égalité quand on voyage comme un monarque absolu?
D'autres patrons d'organisations internationales le font différemment. Ils voyagent, certes, mais sans ostentation. Infantino, lui, semble avoir compris que son pouvoir se mesure aussi à la visibilité de son luxe. Chaque escorte XXL rappelle aux gouvernements hôtes qu'il incarne quelque chose de plus grand qu'eux. Chaque jet privé crée une distance avec les simples mortels qui travaillent pour le foot.
Pendant ce temps, les ligues domestiques battent de l'aile en Afrique, les académies de jeunes manquent de ballons en Asie du Sud, et les stades pourrissent en Amérique latine. Mais hey, Infantino a un sushi à déguster à Miami.
Jusqu'où peut-il pousser cette machine sans qu'elle ne s'écroule?
La réponse tient en deux mots : loin. Très loin. Tant que la Coupe du Monde génère des revenus exponentiels — et 2026 promet d'être la plus lucrative de tous les temps avec trois pays hôtes et 48 équipes —, le système Infantino ne craint rien. Les fédérations nationales se battent pour avoir une place à sa table. Les gouvernements concurrencent pour l'héberger. Les sponsors déboursent des milliards juste pour avoir son nom sur leurs contrats.
L'homme a compris que son autorité repose sur une équation simple : plus il est inaccessible, plus il semble puissant. Plus ses déplacements sont spectaculaires, plus la Coupe du Monde elle-même devient mythique. Le train de vie hors-sol d'Infantino est donc une stratégie, pas un simple débordement d'ego.
Mais chaque système a ses limites. Les critiques s'accumulent. Les organisations de défense des droits de l'homme demandent des comptes sur les conditions de travail des ouvriers du tournoi. Les militants climatiques pointent du doigt l'absurdité écologique des jets privés en boucle. Les médias questionnent l'opacité des contrats et des commissions.
Infantino reste de marbre. Il sait que la Coupe du Monde 2026 sera jugée sur le spectacle offert et les records financiers brisés, pas sur la cohérence morale de celui qui l'orchestre. En ce sens, son tour d'Amérique en jet privé n'est que le prélude à un événement qui sera mesuré à l'aune de son démesure.
La question n'est donc pas de savoir comment arrêter Infantino. C'est plutôt de comprendre comment le football tolère que ses élites se vivent comme des divinités intouchables. Et tant qu'on ne pose pas cette question à la racine du système, les escortes policières continueront de gonfler, les jets continueront de décoller, et le fossé entre le sommet et le terrain continuera de s'élargir.