Le directeur général français Damien Comolli quitte la Juventus après douze mois. Turin opère un changement radical dans sa gouvernance sportive.
Un an. C'est le temps que Damien Comolli a tenu avant de plier bagages à la Juventus. Douze mois à peine pour transformer une maison, modifier les habitudes, imposer une vision — et puis voilà, le directeur général français est remercié après des réunions décisives au sein de l'organigramme turinois. Turin ne rigole pas avec ses cadres dirigeants. Quand ça ne colle pas, ça ne colle pas, et on passe au suivant.
Pourquoi une année seulement pour juger un projet aussi ambitieux ?
Comolli n'était pas n'importe qui. Celui qui avait fait ses preuves en Angleterre, en Italie avant, et qui connaissait les rouages du calcio comme peu de Français, semblait légitime pour redresser la barre à Turin. La Juventus sortait d'une année tumultueuse, avec ses déceptions en ligue des champions et ses questionnements sportifs. On avait pensé que ramener un homme d'expérience, quelqu'un ayant épousé les philosophies modernes du recrutement, serait bénéfique.
Mais la Juve ne laisse jamais beaucoup de temps aux réformes. C'est une institution qui veut des résultats, pas des promesses. Quand vous arrivez avec le statut de sauveur et que les choses ne s'accélèrent pas assez vite, les regards changent. Les réunions dont parlent les sources officielles ressemblent à des verdict. C'est froid, c'est décidé, c'est irrévocable. En une année, Comolli n'a manifestement pas eu le temps de convaincre qu'il fallait lui en laisser davantage pour mener à bien sa refonte.
Quelles traces laisse-t-il dans l'organigramme turinois ?
Voilà la vraie question. Comolli a-t-il eu le temps de laisser son empreinte ? D'imposer une méthode de travail différente ? Les structures qu'on met en place, les hommes qu'on recrute au niveau du staff, les critères qu'on change pour scouter les joueurs — tout cela demande du temps. Douze mois, c'est juste assez pour que des gens commencent à vous écouter, pas suffisant pour qu'une nouvelle culture s'enracine réellement.
La Juventus revient probablement à des repères qu'elle connaît mieux, à des habitudes qui ont fonctionné, même imparfaitement. C'est un choix de stabilité qui ressemble davantage à une déroute de celui qui voulait changer les choses. Et c'est brutal pour un directeur général, parce que votre réputation s'en trouve entachée. Vous n'avez pas échoué par manque de compétence — vous avez juste manqué de temps. Ou pire : on n'a pas voulu vous le donner.
Quel signal cela envoie-t-il au marché du football européen ?
La Juventus dit haut et fort qu'elle n'a pas changé sa nature. Elle reste impatiente, exigeante, brutale. Si vous êtes un technicien en quête d'un projet de long terme, allez voir ailleurs. Turin demande des résultats tout de suite, pas demain. C'est un atout pour certains projets bien ficelés, et un piège pour ceux qui nécessitent de la reconstruction patiente.
Pour Comolli personnellement, c'est évidemment un revers. Mais ce n'est pas non plus un effondrement de crédibilité. Tout le monde dans le football sait que la Juventus est un employeur exceptionnel qui use et jette les hommes plus vite que d'autres clubs. Une année, deux ans, c'est peut-être simplement tombé sur un moment où la patience institutionnelle était à son minimum. Reste que quand vous partez après douze mois d'un club de cette envergure, le doute s'installe. Pouvait-il vraiment transformer la Juventus ? Avait-il le bon plan ? Ou s'agissait-il de l'incompatibilité classique entre une vision nouvelle et une institution trop ancrée dans ses certitudes ?
La machine juvantine cherche déjà son prochain directeur général. Elle en trouvera un. Elle les trouve toujours. Mais cette séquence Comolli restera comme un moment où Turin a dit : on change, enfin presque — on prend un homme moderne, et puis non, finalement on préfère rentrer chez nous. C'est un peu l'histoire de la Juventus depuis quelques années. Des velléités de transformation, et puis le retour aux fondamentaux. Il faudra bien que ça marche un jour.