Prolongé de deux ans en novembre, Vladimir Petkovic est remercié après l'élimination en 16es de finale face à la Suisse. Un revirement brutal qui expose les tensions au sein de la fédération algérienne.
Un mois. C'est le temps qu'il a fallu à la fédération algérienne de football pour transformer une prolongation en licenciement. Vladimir Petkovic, le sélectionneur qui venait de signer un nouveau contrat jusqu'en 2025, doit plier bagage après l'élimination des Fennecs en 16es de finale de la Coupe du Monde face à la Suisse, dimanche 26 novembre 2022. Le scénario est surréaliste, presque grotesque : vous prolongez un entraîneur deux ans avant la compétition majeure, et trente jours plus tard, vous le congédiez parce qu'il l'a ratée.
Comment en arrive-t-on à un tel retournement en quatre semaines ?
La réponse tient en trois mots : impatience institutionnelle et pression populaire. Petkovic n'était pas un novice arrivé par hasard. L'entraîneur bosniaque avait pris les Fennecs en main en 2019, les propulsant vers une qualification pour le Mondial qatari, avant de les mener en Coupe d'Afrique des Nations 2021 où l'Algérie avait échoué en quarts de finale. Ses résultats en éliminatoires mondiales avaient convaincu la FAF de lui faire confiance jusqu'en 2026. Le 10 novembre 2022, la signature de la prolongation semblait accréditer l'idée que le projet continuait, que la confiance était totale.
Sauf que le football, notamment au niveau international, ne pardonne pas les ratés. Après un départ contrasté au Qatar avec une victoire face à l'Arabie Saoudite (2-1), l'équipe algérienne avait butté sur la Pologne et surtout sur la Suisse. Ce match contre les Helvètes, c'était celui-ci ou rien. Deux buts encaissés, zéro produit. Les images de frustration à la fin du match disaient tout : les joueurs savaient qu'ils venaient de gâcher l'occasion. Et dans ces moments, les entraîneurs tombent. Pas toujours à juste titre, mais ils tombent. C'est la règle du jeu international, implacable, sans appel.
Que reproche-t-on vraiment à Petkovic au-delà de cette élimination ?
La Suisse n'avait rien de surhumain. Elle avait même terminé deuxième de son groupe, derrière l'Espagne. Sauf que l'Algérie, quant à elle, sortait d'une phase de groupes sans briller : un succès contre la Arabie Saoudite, deux défaites. Statistiquement, vous n'êtes pas favori dans cette configuration. Mais il y a une différence entre accepter une élimination et la vivre comme une humiliation nationale.
En Algérie, la Coupe du Monde représente bien plus qu'une simple compétition sportive. C'est une fierté collective après une phase de qualification nerveuse où chaque pas était scruté. Petkovic, lui, n'avait jamais semblé avoir l'aura charismatique nécessaire pour galvaniser une nation entière. Où était la maestria tactique face à une défense suisse organisée ? Où était le coup de génie offensif ? Les Fennecs ont eu des occasions, certes, mais rien qui ne ressemble à une domination. Et voilà le problème : quand tu prolonges un entraîneur deux semaines avant le Mondial, tu lui accordes implicitement une sorte de crédit de confiance. Si, au final, c'est pour être éliminé en 16es, ce crédit se transforme instantanément en doute. Les supporters se demandent pourquoi la FAF a renouvelé sa confiance si tôt. Les dirigeants, sentant le vent, décident d'éteindre l'incendie avant qu'il ne s'aggrave.
Quel bilan laisserait Petkovic s'il partait vraiment ?
Quatre ans à la tête de la sélection algérienne, ce n'est pas rien. Petkovic laisse derrière lui une équipe qualifiée pour un Mondial, une équipe qui avait gagné la Coupe d'Afrique en 2019 sous un autre sélectionneur mais qui s'était stabilisée sous sa direction. Ses statistiques globales au Qatar auraient pu être acceptables avec un autre type de gestion institutionnelle : 3 matchs joués, 1 victoire, 2 défaites, 3 buts marqués et 4 encaissés. Rien de glorieux, mais pas catastrophique non plus en contexte de phase éliminatoire.
Pourtant, dans le football moderne, les chiffres comptent moins que la perception. Et la perception algérienne, c'est celle d'une nation qui se pensait capable de faire une belle Coupe du Monde et qui rentre chez elle à la première vraie épreuve. Petkovic devient le fusible. On ne saura probablement jamais ce que des deux ou trois matchs supplémentaires auraient apporté comme légitimité, mais le doute a gagné plus vite que n'importe quel résultat positif.
La vraie question maintenant : qui viendra relever ce défi ? La FAF va devoir trouver un entraîneur capable de remotiver une nation échaudée, de ramener la sérénité et, surtout, de faire oublier cette bizarre saga où une prolongation devient synonyme de fin en quatre semaines. C'est peut-être ça, le vrai coût de cette impatience : elle rend impossible toute continuité, tout projet long terme. Et on boucle boucle.