Pape Thiaw et les Lions ont tremblé face à la Belgique. Un match fou où le rêve des huitièmes s'est envolé dans les dernières minutes.
Deux à zéro, c'est tout ce qu'il fallait tenir. Deux petits buts pour franchir le pas, pour garder vivante l'aventure au Mondial 2026. Le Sénégal l'a eu, ce confort, pendant quatre-vingt minutes. Puis tout s'est écroulé en douze minutes cauchemardesque. Voilà comment on rate l'essentiel quand on le tient dans les mains.
À Bruxelles, hier soir, les hommes de Pape Thiaw ont livré une bataille digne de ce nom contre la Belgique. Pas du spectacle, non. Du combat, du vrai, celui où chaque ballon devient une guerre. Les Lions avaient pris les commandes avec deux buts inscrits avant la pause. L'équipe sénégalaise y croyait. Rudi Garcia y croyait aussi, sur le banc, en observant son projet prendre forme.
Sauf que Garcia, justement, a dû ravaler ses certitudes en seconde période.
Pourquoi Thiaw s'en est-il pris à son entraîneur?
Le défenseur du AC Milan n'a pas mâché ses mots après le match. Capitaine ou presque, leader de cette défense sénégalaise qui a encaissé deux buts en douze minutes, il a pointé du doigt le banc. Pas directement par son nom, mais assez clairement pour que tout le monde comprenne. Pape Thiaw reprochait à Garcia des choix tactiques qui ont déstabilisé l'équilibre en fin de match.
Ce n'est jamais anodin quand un joueur de ce calibre, celui qui défend les couleurs du Milan en Italie, se permet une critique publique de son sélectionneur. Garcia n'est pas un homme habitué à se laisser faire. Il a répliqué, bien sûr. Le ton a monté. Les caméras ont capté des regards qui tuent, des gestes qui en disent long sur la tension dans le vestiaire sénégalais.
Le football, c'est cela aussi. Pas seulement les buts et les applaudissements. C'est cette friction entre ceux qui jouent et ceux qui décident depuis les touches. Thiaw a rappelé que le terrain, c'était son domaine, pas celui de García assis à côté. Un coup de semonce nécessaire? Peut-être. Un signe de fracture? Probablement.
Comment le Sénégal a-t-il laissé filer une victoire programmée?
À la quatre-vingt-troisième minute, les Lions pensaient avoir rangé la question. Deux buts d'avance, quarante minutes de matches à jouer encore, c'est du béton armé en Coupe du Monde. Sauf que cette Belgique-là a dû avoir des choses à prouver. Ou peut-être que le Sénégal a tout simplement arrêté de jouer.
L'équipe de García s'est repliée au lieu de tuer le match. Cette passivité, elle a un nom: c'est la peur. La peur de concéder, la peur de courir après un résultat, la peur tout court. Et la peur, au football, c'est le poison. Elle paralyse. Elle crée du vide. Elle invite l'adversaire à revenir.
Les Belges, eux, ont senti la faille. En douze minutes, ils ont inscrit deux buts et transformé un match perdu en un match nul. Pas un exploit extraordinaire, non. Simplement de la continuité quand les autres se recroquevillaient. Avec ce nul 2-2, le Sénégal voyait ses chances de qualification s'évanouir. Il fallait trois points pour rêver. On en a récolté un.
Les statistiques d'après-match ne mentent jamais: le Sénégal n'a tiré que six fois au but, la Belgique quatre. Mais c'est comme ça que fonctionne l'inefficacité. On accumule les occasions, on laisse passer le train, et on se retrouve avec les regrets plutôt que les billets pour les huitièmes.
Quel avenir pour le projet sénégalais?
García va devoir faire du ménage maintenant. Les blessures infligées à l'orgueil de ses joueurs, il faudra les soigner. Les tensions comme celle avec Thiaw, il faudra les adresser. Une sélection, c'est une maison, et une maison avec des courants d'air froid, ça ne fonctionne pas longtemps.
Le calendrier des qualifications sénégalaises se poursuit. Pas de drame existentiel à Bruxelles, mais une page à tourner rapidement. Les Lions ont montré qu'ils pouvaient rivaliser avec les meilleures équipes européennes. C'est un acquis. Mais cela ne suffit pas en Coupe du Monde. Il faut finir le travail. Il faut tuer les matches quand on les a.
Thiaw aura sa revanche. Garcia aussi. Que ce soit en stage, en réunion vidéo ou au prochain entraînement. Les deux hommes trouveront le chemin du dialogue. Ou ils ne le trouveront pas, et ce sera une autre histoire. Pour l'instant, il y a cette Belgique qui s'est échappée du piège, et un Sénégal qui doit repenser sa fin de match. Le parcours vers 2026 devient soudain plus caillouteux, voilà tout.